Ily a 1 les résultats correspondant à votre recherche . Cliquez sur un mot pour découvrir sa définition. Solution Longueur; antiquite: 9 lettres: Codycross Sports Groupe 157 Grille 3. Décollage d'une fusée. Il aurait prononcé son fameux Mot à Waterloo. Quelque chose d'ancien que l'on collectionne. Hostilité envers quelqu'un. Marque de conserves de

Reconstitution de la bataille de Ligny, derniĂšre victoire de NapolĂ©on, le 16 juin 1815. AprĂšs une derniĂšre victoire sur les Prussiens, le 16 juin, Ă  Ligny, au nord de Charleroi, il ordonne au marĂ©chal Grouchy de les poursuivre avec un corps d'armĂ©e de 33 000 hommes... Le surlendemain, le 18 juin 1815, l'Empereur affronte les Anglais du duc de Wellington, solidement retranchĂ©s sur le plateau de Mont-Saint-Jean, non loin du village de Waterloo, Ă  20 km au sud de Bruxelles. NapolĂ©on est confiant et compte sur le soutien des divisions de Grouchy. En raison du sol dĂ©trempĂ©, l'attaque est reportĂ©e jusqu'Ă  la fin de la matinĂ©e. Les Français tiennent bon face aux troupes de WellingtonÀ 11h35 -trop tardivement-, NapolĂ©on donne le signal de la bataille qui va dĂ©cider du sort de l'Empire... L'infanterie de Drouet d'Erlon doit enfoncer le centre anglais. Quatre divisions, prĂšs de 20 000 hommes s'avancent aux cris de "Vive l'Empereur!". Comme le terrain est boueux Ă  cause du violent orage survenu la veille, la cavalerie française ne parvient pas Ă  enfoncer l'infanterie anglaise formĂ©e en carrĂ©. Les cuirassiers du marĂ©chal Ney les chargent jusqu'Ă  quatre fois. Wellington tient toujours. Il sait que BlĂŒcher est en marche pour attaquer les Français sur leur droite, vers Plancenoit. DĂšs 16 heures, 33 000 Prussiens commencent Ă  peser sur les 10 000 hommes aguerris du gĂ©nĂ©ral Mouton. À un contre trois, les Français tiennent. Tout dĂ©pend donc du temps qu'il leur reste pour culbuter Wellington. Ney commande une cinquiĂšme et ultime charge, terrible. Vers 18 heures, la Haie-Sainte est enfin prise, puis c'est le tour de Papelotte. Ney fait un instant vaciller tout le dispositif ennemi. La victoire semble enfin acquise, Wellington est terriblement inquiet, ses hommes manquent de munitions, les carrĂ©s sont de plus en plus maigres. Offre limitĂ©e. 2 mois pour 1€ sans engagement "La Garde recule!" Avec de l'infanterie supplĂ©mentaire, la bataille pourrait ĂȘtre gagnĂ©e, Ney en demande Ă  l'Empereur "De l'infanterie, oĂč veut-il que j'en prenne? Veut-il donc que j'en 'fasse' ?" hurle NapolĂ©on. Quand, soudain, le gros des troupes prussiennes surgit sur les arriĂšres de l'armĂ©e française et sĂšme l'affolement! Le soir tombe, il est 19 heures, NapolĂ©on tente sa derniĂšre chance et commande Ă  sa fidĂšle Garde de monter Ă  l'assaut et de tenter une derniĂšre fois d'enfoncer le centre anglais. Le Français Frank Samson incarne NapolĂ©on dans toutes les reconstitutions de batailles depuis dix ans. Il devrait raccrocher le bicorne aprĂšs les commĂ©morations du bicentenaire de bataillons de la Garde montent Ă  l'assaut du plateau soutenus par toutes les troupes disponibles. L'artillerie anglaise tire Ă  double charge de mitraille la Garde Ă©charpĂ©e par l'acier ennemi continue sa progression. Soudain, l'infanterie anglaise, dissimulĂ©e dans les champs de blĂ©, se lĂšve d'un bond et fusille la Garde Ă  moins de vingt pas. L'assaut est brisĂ©... et un cri terrible retentit "La Garde recule!" L'armĂ©e est alors saisie par la panique. CernĂ©s, les trois derniers bataillons de la Garde sont mitraillĂ©s par l'ennemi Ă  moins de soixante mĂštres. L'ennemi est Ă  portĂ©e de voix, des officiers anglais somment la Garde de se rendre. ExaspĂ©rĂ©, le gĂ©nĂ©ral Cambronne, Ă  cheval au milieu d'un carrĂ©, hurle alors son fameux mot "Merde!" L'on prĂ©tend qu'un sous-officier ajouta "La Garde meurt, mais ne se rend pas!" Ces mots ont-ils Ă©tĂ© prononcĂ©s? On en dĂ©bat encore, mais plusieurs tĂ©moins affirment avoir entendu Cambronne dire aux Anglais "d'aller se faire f...". Quelques instants plus tard, le gĂ©nĂ©ral tombe, blessĂ© Ă  la tĂȘte par une balle, inconscient. "NapolĂ©on n'a pas du tout manoeuvrĂ©"Tard dans la soirĂ©e, NapolĂ©on s'arrĂȘte un instant Ă  Quatre-Bras. À la lueur d'un feu de bivouac, il regarde encore vers Waterloo et pleure en silence. Il pleure d'Ă©puisement, de dĂ©goĂ»t et de tristesse de voir ainsi la plus belle armĂ©e d'Europe mise en dĂ©route en quelques heures. Un aide de camp Ă©crit "Sur son visage morne, aux pĂąleurs de cire, il n'y avait plus rien de la vie que des larmes..." Cette campagne de Belgique est fatale Ă  NapolĂ©on, et nombreux sont les historiens Ă  avoir cherchĂ© les raisons de cette dĂ©route. Grouchy aurait-il dĂ» courir au canon et rejoindre Waterloo? Ney est-il fautif en faisant charger prĂ©maturĂ©ment toute la cavalerie française? L'Empereur lui-mĂȘme, dĂ©jĂ  malade, a-t-il perdu une partie de son gĂ©nie militaire? Il n'est plus l'homme d'Austerlitz et sa stratĂ©gie ne surprend plus ses ennemis. Wellington conclut sur la bataille "NapolĂ©on n'a pas du tout manoeuvrĂ©. Il s'est bornĂ© Ă  avancer Ă  l'ancienne mode, en colonnes, et a Ă©tĂ© repoussĂ© Ă  l'ancienne mode. Les gens me demandent un rĂ©cit de la bataille, je leur dis que ce fut une rude empoignade des deux cĂŽtĂ©s mais que nous cognĂąmes le plus fort. Il n'y eut pas de manoeuvre. Bonaparte rĂ©pĂ©tait ses attaques et j'Ă©tais heureux de laisser la dĂ©cision aux troupes..."   Cet article est paru dans le magazine Point de Vue Histoire n°23, de mars 2015. Dimitri Casali est historien et essayiste, spĂ©cialiste du Premier Empire. Son prochain livre, Qui a gagnĂ© Ă  Waterloo? NapolĂ©on 2015, est paru en mai 2015 chez Flammarion. Cet article est paru dans le magazine Point de Vue Histoire n°23, de mars 2015. Les plus lus OpinionsTribunePar Carlo Ratti*ChroniquePar Antoine BuĂ©no*ChroniqueJean-Laurent Cassely

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Lasolution à ce puzzle est constituéÚ de 3 lettres et commence par la lettre N. Les solutions pour GAGNE A WATERLOO EN 10 LETTRES de mots fléchés et mots croisés. Découvrez les bonnes réponses, synonymes et autres types d'aide pour résoudre chaque puzzle.
y r?im j BPĂč/$*/ *2 I/o C't'V ^ Ăź/l> - j. fc*A Jh t \j o^i -* ~n ^ ĂŻ v ? 6-M. Î*N Ml vj j v '* . LE RHIN ET LES PROVINCES RHÉNANES. IMPRIMERIE DE BAILLY, Place Sorbonne, OeA OV p i J u * r '* LE RHIN LES PROVINCES RHENANES; ADOLPHE POIGNANT. PARIS. SAGNIEIÎ ET BRAY, LIBRAIRES-ÉDITEURS, RUE DES SAINTS-PÈRES, G4. 1845 AVANT-PROPOS. Ce livre n’est que le journal d’un voyage fait en 1844 dans la Prusse-RhĂ©nane, sur le Rhin et dans la Suisse. Depuis eette Ă©poque, bien des Ă©vĂ©nements ont agitĂ© la patrie de Guillaume Tell ; la Suisse aujourd’hui a le triste privilĂšge de fixer l’attention de l’Europe par le spectacle de ses divisions intestines. Le genre d’intĂ©rĂȘt qui s’attache Ă  de pareils tableaux manquera Ă  nos souvenirs, recueillis dans un temps oĂč le pays jouissait encore des bienfaits de la paix intĂ©rieure. vr Nous n’avons pas Ă©tĂ© toutefois sans dĂ©mĂȘler dans l’état des esprits les avant-coureurs d’une rupture que nous Ă©tions, il faut l’avouer, loin de croire aussi prochaine. Nous n’avons rapportĂ© que ce que nous avons vu et entendu 5 et si ce respect pour la vĂ©ritĂ© a nui Ă  l’intĂ©rĂȘt de notre narration, en Ă©cartant des pages de ce livre les dĂ©tails que l’imagination de tant de voyageurs ajoute si complaisamment au tĂ©moignage de leurs yeux , nous aurons au moins le mĂ©rite d’ĂȘtre sincĂšre. Quant Ă  la mĂ©thode choisie pour cet ouvrage , elle est simple et facile suivre dans le rĂ©cit le cours mĂȘme du voyage, en retracer les incidents, rappeler nos observations, Ă  mesure que l’occasion les a fait naĂźtre , telle est la marche que nous avons constamment adoptĂ©e. Plusieurs de nos amis nous ont reprochĂ© la sĂ©vĂ©ritĂ© de notre jugement sur certains peuples, et la partialitĂ© avec laquelle nous avons parlĂ© des Allemands. Nous aimons les Allemands. Leur caractĂšre et leurs habitudes nous plaisent, et nous voudrions VII voir une alliance plus Ă©troite entre les deux nations. Nous croyons fermement cpie leurs intĂ©rĂȘts les convient Ă  ce rapprochement. Les Français, et les Allemands, en effet, peuples Ă©minemment agriculteurs , ne sont pas poussĂ©s incessamment par cet esprit de convoitise, d’aviditĂ© et d’usurpation qui existe Ă  un si haut degrĂ© chez les nations essentiellement commerçantes , telles jue l’Angleterre et les Etats-Unis. Il leur est donc facile de s’entendre. Au point de vue politique, les royaumes de l’autre cĂŽtĂ© du Rhin nous ont paru fatiguĂ©s de l’espĂšce de protectorat que la Russie, depuis trente ans, s’est arrogĂ©e sur eux. A mesure que l’Allemagne s’éloigne de l’époque des guerres envahissantes de l’Empire , elle semble voir en nous les dĂ©fenseurs des grands principes de libertĂ©, tandis que le Czar lui apparaĂźt comme une menace pour la civilisation, et pour son indĂ©pendance personnelle. Telles ont Ă©tĂ© nos prĂ©occupations lorsque nous avons eu Ă  nous former une opinion sur le caractĂšre national des Allemands. VIII Nous nous sommes Ă©tonnĂ©s du petit nombre de Français que nous avons rencontrĂ©s dans les provinces RhĂ©nanes et en Suisse. Presque tous les voyageurs Ă©taient Anglais. Cela peut s’interprĂ©ter de deux maniĂšres ou par l’indiffĂ©rence des Français pour le plaisir de voyager ; ou par le bien-ĂȘtre qu’ils Ă©prouvent dans leur patrie, et qui leur fait nĂ©gliger de le chercher ailleurs. Nous adoptons cette derniĂšre supposition. PREMIÈRE PARTIE. VOYAGE DE PARIS A COLOGNE. CHAPITRE I. DĂ©part de Paris pour Bruxelles. — ArrivĂ©e Ă  Bruxelles. Vous m’avez fait promettre, Madame, quand nous sommes partis, de tenir un journal de notre voyage. Puisque je ne puis vous accompa- gner, m’avez-vous dit, vous me devez une description si exacte des lieux que vous par- courrez, que je puisse me figurer les avoir vus avec vous. Vous me laissez votre itinĂ©raire; et il me sera facile ainsi, en calculant les jours et les distances , de vous suivre sur la route. » Je me souviens parfaitement de cette promesse et je la remplirai. Je dirai fĂȘtais lĂ ; telle chose ni avilit vous y croirez ĂȘtre vous-mĂȘme. Seulement j’ai reconnu l’impossibilitĂ© d’ĂȘtre fidĂšle Ă  l’itinĂ©raire que je vous ai laissĂ©. Ainsi, par exemple Nous sommes Ă  Bruxelles depuis deux jours. Je vois d’ici votre Ă©tonnement; j’entends vos exclamations Ă  Bruxelles ! mais quelle folie ! Ce n’est pas le chemin de la Suisse. En quittant Paris vous deviez vous diriger en droite ligne sur Strasbourg. Je vous dois l’explication de ce changement de direction. Vous savez qu’avant de partir nous apprĂ©hendions surtout, pendant le voyage que nous allions entreprendre, l’extrĂȘme chaleur et la poussiĂšre. ArrivĂ©s Ă  Paris, le 3 juillet 1844, nous fĂ»mes loin d’ĂȘtre rassurĂ©s sur les inconvĂ©nients que nous avions redoutĂ©s. Nous partions pour faire un voyage d’agrĂ©ment, et le thermomĂštre 5 Ă©tait Ă  26 degrĂ©s au-dessus de zĂ©ro, et nous avions 120 lieues Ă  faire par la poste. Je ne voyais certes pas lĂ  une difficultĂ© insurmontable; mais c’était nous exposer, dĂšs le dĂ©but du voyage, Ă  des fatigues qu’il Ă©tait prudent d’éviter. Nous restĂąmes plusieurs jours Ă  Paris, indĂ©cis sur ce que nous devions faire. Enfin nous nous avisĂąmes de consulter la carte des chemins de fer. Nous vĂźmes que de Valenciennes Ă  Cologne on avait Ă©tabli une ligne de chemins de fer ; nous sĂ»mes que, dans cette derniĂšre ville , des bateaux Ă  vapeur s’emparaient des voyageurs, et leur faisaient remonter, doucement et sans fatigue, le Rhin jusqu’à Strasbourg. Ce fut un trait de lumiĂšre. DĂšs lors la difficultĂ© sĂ©rieuse de notre voyage se trouvait rĂ©duite Ă  de minimes proportions, puisqu’elle se bornait Ă  aller de Paris Ă  Valenciennes dans une nuit ; et une nuit est bientĂŽt passĂ©e. Je dois vous dire aussi que nous avions pris le parti de voyager en vĂ©ritables touristes , sans notre voiture, qui eĂ»t Ă©tĂ© un embarras de chaque jour dans les montagnes, et avec des bagages rĂ©duits au strict nĂ©cessaire. 6 Nous voilĂ  donc nous dirigeant sur Valenciennes pour aller en Suisse. Je sais qu’il est impossible de montrer plus de dĂ©dain que nous ne l’avons fait dans celte circonstance pour la ligne droite; mais rien ne nous pressait. Nous n’avions pas la prĂ©tention de tracer un nouvel itinĂ©raire de Paris en Suisse ; et la Belgique mĂ©ritait bien qu’on fĂźt un dĂ©tour de deux cents lieues pour lui rendre visite en passant. A Valenciennes nous trouvĂąmes le chemin de fer, qui nous conduisit Ă  Bruxelles en quatre heures et demie. En arrivant dans cette ville, un Belge, que nous avions pris Ă  Valenciennes, nous dit que, parti la veille de Bruxelles pour Paris , il avait sĂ©journĂ© six heures dans cette derniĂšre ville, et Ă©tait de retour dans la capitale de la Belgique, le tout en trente-huit heures. Que deviendront les distances, quand les capitales de l’Europe seront reliĂ©es l’une Ă  l’autre par des chemins de fer? Nous descendĂźmes Ă  Bruxelles, rue des Fripiers, Ă  l’hĂŽtel des Etrangers. Bruxelles! rendez- vous des opulences voyageuses et des infortunes que les jeux de bourse exilent de leur patrie ! 7 foyer de contrefaçons de tout ce que la presse publie d’intĂ©ressant dans les diverses langues europĂ©ennes ! C’est peut-ĂȘtre d’aprĂšs ce systĂšme de contrefaçon que les Belges appliquent Ă  toutes choses, qu’en 1830 ils ont fait leur rĂ©volution, imitĂ©e de la nĂŽtre. CHAPITRE II. Bruxelles, ses Monument*!, ses Promenades. — Entretien sur les Affaires publiques. Je n’avais pas vu Bruxelles depuis dix ans, et je fus Ă©tonnĂ© des nombreuses amĂ©liorations qui s’y Ă©taient opĂ©rĂ©es en aussi peu de temps. C’est aujourd’hui un second Paris, mais vu dans des proportions moins grandes. Ce sont bien lĂ  les rues animĂ©es des beaux quartiers de Paris, ses fontaines, ses places publiques, ses boulevards, ses riches magasins, et cette foule de voitures et de piĂ©tons qui sillonnent la ville dans tous les sens, et ne s’arrĂȘtent que bien avant dans la nuit. Les habitudes de la vie, la maniĂšre d’ĂȘtre, le langage mĂȘme nous rappelaient Ă©galement notre belle capitale. A notre hĂŽtel et Ă  la table d’hĂŽte, nous n’entendions parler que français ; le service Ă©tait fait avec cette propretĂ© et cette vivacitĂ© intelligente qu’on ne trouve guĂšre que dans les bons hĂŽtels de Paris. Disons encore, pour complĂ©ter le tableau, que sous certains rapports Bruxelles nous paraissait l’emporter sur Paris. Il Ă©tait plus aĂ©rĂ©, ses maisons Ă©taient plus ornĂ©es , plus soignĂ©es , ses rues mieux nettoyĂ©es ; l’intĂ©rieur des hĂŽtels nous semblait aussi meublĂ© avec plus de richesse et de bon goĂ»t. Quant aux monuments publics, ils ne peuvent soutenir la comparaison avec ceux de Paris. Je crois cependant que nous avons visitĂ© les plus remarquables , et vous verrez que la liste n’en est pas trĂšs-longue. Je placerai en premiĂšre ligne l’église Sainte- 10 Gudule. Cette Ă©glise est bĂątie sur une Ă©minence dite Molenherg. Elle a Ă©tĂ© fondĂ©e par Lambert Baudouin, comte de Louvain, vers la fin du dixiĂšme siĂšcle. En 12T3, elle fut reconstruite telle qu’elle existe encore, Ă  l’exception d’une tour dĂ©molie en 1518, et remplacĂ©e par les deux tours qu’on voit Ă  prĂ©sent. Elle appartient au style gothique; imposante par son aspect, elle domine fiĂšrement la ville, moins peut-ĂȘtre Ă  cause de la hauteur de l’édifice, que grĂące Ă  l’éminence sur laquelle il est bĂąti. Mais pourquoi avoir choisi la colline de Mo- lenberg, dont les abords sont difficiles et escarpĂ©s, comme emplacement de la cathĂ©drale de la ville? VoilĂ  ce qu’il m’est impossible de deviner, Ă  moins de penser que dans les temps orageux de la fĂ©odalitĂ©, on ne pouvait garantir, mĂȘme les Ă©glises, contre la rapacitĂ© des gens de guerre, qu’en les plaçant dans des lieux Ă©levĂ©s, et par cela mĂȘme susceptibles de dĂ©fense. Nous avons remarquĂ© au milieu du chƓur un trĂšs-beau mausolĂ©e en marbre noir, qui renferme les cendres du duc Jean II de Brabant, mort en 1312, de sa femme dĂ©cĂ©dĂ©e en 1318, et du duc Philippe de Brabant, mort en 1430. La place du MarchĂ©, dont l’HĂŽtel-de-Ville oc- ĂŻ cupe un des cĂŽtĂ©s, est Ă  mon grĂ© la place la plus remarquable de Bruxelles. Elle est bien loin, sans doute, d’avoir l’éclat et la fraĂźcheur des places Royale, du Parc et de la Monnaie; mais I elle a un caractĂšre d’antiquitĂ© et de moyen Ăąge que je n’ai point trouvĂ© ailleurs. DĂšs qu’on y est entrĂ© on peut se croire transportĂ© au quinziĂšme ji siĂšcle. L’HĂŽtel-de-Ville, bĂąti dans le style go- jf thique pur, avec sa façade de vingt-deux croi- sĂ©es, occupe toute la longueur du marchĂ© ; sa » construction, commencĂ©e en 1401 et terminĂ©e en 1442, est remarquable par son Ă©lĂ©gance et sa t lĂ©gĂšretĂ©. L’hĂŽtel est surmontĂ© d’une tour qui a trois cent cinquante-quatre pieds d’élĂ©vation, et f sur le sommet de laquelle on a placĂ© une statue Ă  de l’archange Saint-Michel, haute de 17 pieds. En face de l’HĂŽtel-de-Ville est le bĂątiment dit Broodhuys, oĂč d’Egmont et de Horn passĂšrent ĂŻ les derniĂšres heures de leur vie, avant de mon- ÂŁ ter Ă  l’échafaud, et qui porte Ă©galement le type t du quinziĂšme siĂšcle. ! Les autres cĂŽtĂ©s de la place sont occupĂ©s par des maisons d’un style trĂšs-ancien, et qui Ă©taient Ăź spĂ©cialement affectĂ©es Ă  certaines corporations, 12 telles que celles des brasseurs, des gens de mer, des drapiers, etc. ; chacune de ces maisons porte des ornements sculptĂ©s qui rappellent la corporation Ă  laquelle la maison appartenait ; ainsi, par exemple, la maison qui Ă©tait affectĂ©e Ă  la corporation des gens de mer est encore ornĂ©e aujourd’hui d’ancres, de poupes de navires et d’autres attributs de la navigation. J’engage fort le gouvernement belge Ă  maintenir, le plus longtemps qu’il le pourra, ces curieuses constructions qui rattachent le passĂ© au prĂ©sent. De la place du MarchĂ© nous sommes allĂ©s au Parc, jardin public trĂšs-beau et trĂšs-agrĂ©able, avec un bois, des piĂšces d’eau et des arbres magnifiques. Les Bruxellois montrent avec complaisance ceux de ces arbres qui portent encore la trace des boulets que leur envoya le prince FrĂ©dĂ©ric en 1830. Dans le voisinage de cette belle promenade se trouvent le palais du Roi, celui du prince d’O- range, le palais du ci-devant SĂ©nat de Brabant, oĂč se tiennent les sĂ©ances des chambres, et une foule de riches hĂŽtels, qui donnent Ă  cette partie de la ville un air de grandeur tout Ă  fait remarquable. 15 Nous n’avons pu pĂ©nĂ©trer dans le palais du Roi; mais, Ă  en juger par son extĂ©rieur simple et modeste, il nous a paru plutĂŽt la demeure d’un riche particulier que la rĂ©sidence d’un souverain. En voyant le palais si Ă©lĂ©gant, si riant, que le prince d’Orange avait fait construire dans la plus agrĂ©able position de Bruxelles, et oĂč il avait rĂ©uni Ă  grands frais, peu de temps avant \ 830, tout ce qui peut servir aux plaisirs de la vie, je n’ai pu m’empĂȘcher de m’écrier avec Virgile Sic vos non vobis. Nous avons visitĂ© avec plaisir dans ce palais une exposition publique d’objets donnĂ©s pour les pauvres, et destinĂ©s Ă  ĂȘtre vendus Ă  leur profit. Toutes les personnes riches de Bruxelles se font un devoir d’apporter leur tribut Ă  cette bonne oeuvre. Nous avons remarquĂ© plusieurs tableaux de prix, des meubles et jusqu’à des voitures et des harnais d’une grande richesse ; je n’ai vu qu’une seule chose Ă  critiquer, c’est l’inscription du nom du donateur sur chaque objet donnĂ©. Ainsi la vanitĂ© trouve Ă  se faire jour mĂȘme dans des actes de bienfaisance. Est-ce lĂ  pratiquer ce prĂ©cepte d’une sublime morale la U main gauche doit ignorer le bien que fait la main droite. Le palais du duc d’Aremberg est la demeure d’un simple particulier ; mais combien de souverains d’Allemagne seraient heureux d’étre aussi somptueusement logĂ©s, et de possĂ©der les richesses qu’il renferme! Nulle part je n’ai vu une aussi complĂšte et aussi riche collection de meubles et d’objets curieux du moyen Ăąge. La galerie de tableaux est une des plus riches de l’Europe. Les Wouwermans, les Teniers, les Van Os- tade, etc., ont contribuĂ© Ă  la former. Notre intĂ©rĂȘt n’a pas Ă©tĂ© mĂ©diocrement excitĂ© par la visite d’un hĂŽpital construit depuis quelques annĂ©es, et qui peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un Ă©tablissement modĂšle en ce genre. Il est divisĂ© en plusieurs corps de bĂątiments qui sont affectĂ©s chacun Ă  un genre de maladie. On sent facilement tout le bien qui doit en rĂ©sulter pour la salubritĂ© et la prompte guĂ©rison des malades. Tous les secours que peuvent fournir la mĂ©decine et la chirurgie sont distribuĂ©s avec tant d’intelligence et de dĂ©vouement dans ce magnifique Ă©tablissement, que beaucoup d’étrangers et de personnes riches de la ville, atteints de ma- 15 ladies dangereuses , s’y font transporter pour suivre un traitement et recevoir des soins qu’ils ne pourraient se procurer chez eux, mĂȘme Ă  prix d’or. Des chambres particuliĂšres leur sont rĂ©servĂ©es dans l’établissement. AprĂšs avoir si bien rempli notre journĂ©e, nous passĂąmes la soirĂ©e avec quelques membres de la chambre des DĂ©putĂ©s et du SĂ©nat. On parla des affaires publiques, des rapports de la Belgique avec la France. J’entendis retentir des plaintes contre la France on l’accusait de multiplier autour d’elle les barriĂšres et les prohibitions , tandis que la Prusse et les petits États de l’Allemagne ouvraient leurs villes aux produits industriels de la Belgique. J’ai Ă©voquĂ© le souvenir d’Anvers c’est dĂ©jĂ  loin de la mĂ©moire des Belges; j’ai supposĂ© le cas oĂč ils seraient de nouveau attaquĂ©s par les Hollandais. Savez-vous ce qu’on m’a rĂ©pondu? Bah! les Hollandais! Que feraient-ils devant l’armĂ©e Belge? Il me semble cependant, si j’ai bonne mĂ©moire , que la derniĂšre fois que cette invincible armĂ©e a paru en rase campagne, en 1830 et 1831, elle faisait assez triste figure devant les troupes nĂ©erlandaises commandĂ©es par le prince d’Orange, et qu’il Ă©tait grand 16 temps que le marĂ©chal GĂ©rard arrivĂąt Ă  son secours. J’ai Ă©tĂ© blessĂ© du ton d’assurance de ces messieurs. Ce qui m’a paru, au reste, parfaitement clair, c’est qu’ils avaient entiĂšrement oubliĂ© les obligations qu’ils ont Ă  la France, et que j’aurais eu grandement lien de m’écrier comme Joad Peuple ingrat ! MalgrĂ© cette contrariĂ©tĂ©, le sĂ©jour de Bruxelles nous plaĂźt beaucoup. Nous aurons quelque peine Ă  le quitter. CHAPITRE III. Itou te de Bruxelles Ă  LiĂšge. — IdĂ©e gĂ©nĂ©rale de LiĂšge. — ĂȘtes monuments. — Ses environs. Le 14 juillet nous sommes partis pour LiĂšge par le chemin de fer. Les campagnes sont admirables de fertilitĂ©, mais le sol est plus accidente que sur la route de Valenciennes Bruxelles , et nous sommes obligĂ©s de passer sous plusieurs tunnels. 18 Plus loin, la vue rencontre de riches usines ou de charmantes maisons de campagne. Le chemin de fer, qui ne respecte rien, traverse plusieurs parcs oĂč l’on a dĂ» le laisser se frayer un passage. A quelques lieues de Bruxelles nous recueillĂźmes , Ă  une des nombreuses stations , deux voyageurs et une dame qui prirent place Ă  cĂŽtĂ© de nous. C’étaient des personnes de bonne mine, mais d’un certain Ăąge. La connaissance va vite en chemin de fer. J’appris bientĂŽt de l’un de ces voyageurs que la dame Ă©tait sa femme et que l’autre voyageur Ă©tait son beau-frĂšre. Mon interlocuteur Ă©tait doux , bienveillant, communicatif, et notre conversation ne tarit pas un seul instant. Entre autres choses, il me demanda quel Ăąge je donnais Ă  son beau-frĂšre et Ă  lui. Je rĂ©pondis sans aucune hĂ©sitation Vous avez soixante ans et votre beau- frĂšre est ĂągĂ© de soixante-cinq ans. Il sourit, et m’apprit, Ă  mon grand Ă©tonnement, que son beau-frĂšre avait quatre-vingts ans passĂ©s, et que lui-mĂȘme Ă©tait ĂągĂ© de soixante-seize ans. L’un et l’autre n’avaient aucune infirmitĂ©, Ă©taient grands et forts, et prĂ©sentaient le plus heureux type de ces bonnes figures flamandes, pleines de douceur, 19 de quiĂ©tude, qui indiquent une vie passĂ©e Ă  la campagne, dans le manoir paternel, loin des orages et des soucis de la vie. Cependant le plus jeune, en me parlant de ses aventures de chasse, oĂč il avait rossĂ© quelques gardes champĂȘtres, me disait C’est que j’ai les cheveux prĂšs de la tĂȘte. Son frĂšre, qui nous Ă©coutait en souriant, lui dit d’un ton de bontĂ© paternelle Philippe, vous avez toujours eu une mauvaise tĂȘte. Et l’étourdi de soixante-seize ans trouva sans doute le reproche fondĂ©, car il baissa la tĂȘte et reçut la mercuriale avec la docilitĂ© d’un enfant. Je ne puis vous exprimer tout le charme de cette scĂšne de patriarche. C’était un chapitre de la Bible que j’avais en ce moment sous les yeux. Ils nous quittĂšrent Ă  Chaud-Fontaine, dans la vallĂ©e de la Yesdre, oĂč ils allaient prendre les eaux, beaucoup moins par nĂ©cessitĂ© que comme partie de plaisir. AprĂšs leur dĂ©part, je ne pus m’empĂȘcher de faire la comparaison de ces deux robustes santĂ©s avec celles que nous usons si vite dans les villes, au milieu du tumulte des plaisirs et des affaires. Je trouvai que la balance n’était pas en faveur des habitants des villes ; mais il 20 faut que chacun de nous accomplisse sa destinĂ©e. BientĂŽt nous nous trouvĂąmes sur la cĂŽte escarpĂ©e qui domine la vallĂ©e au fond de laquelle on aperçoit la ville de LiĂšge sur les bords de la Meuse, Ă  une profondeur de plusieurs centaines de mĂštres. Il y avait tout Ă  la fois difficultĂ© et danger Ă  faire descendre les voyageurs Ă  LiĂšge par le chemin de fer, puisque, du point oĂč nous Ă©tions jusqu’à LiĂšge, la pente est trĂšs-rapide et prĂ©sente une inclinaison dix fois plus forte qu’on ne l’admet pour les chemins de fer. On y est parvenu nĂ©anmoins, et la difficultĂ© a Ă©tĂ© rĂ©solue d’une maniĂšre aussi neuve qu’audacieuse. Les wagons se trouvent lancĂ©s par leur propre poids sur la pente, et leur vitesse est modĂ©rĂ©e par une corde en fil de fer. Cette corde est mise en mouvement par plusieurs machines Ă  vapeur, et sert Ă©galement de remorqueur pour remonter le convoi de LiĂšge au haut de la montagne. Un danger Ă©tait Ă  prĂ©voir dans le cas oĂč la corde viendrait Ă  casser ; mais alors, par un mĂ©canisme ingĂ©nieux, les roues se trouvent enrayĂ©es Ă  l’instant mĂȘme, et le convoi est forcĂ© de s’arrĂȘter. 21 Nous n’eĂ»mes pas occasion de faire l’essai de cette derniĂšre combinais on, car le convoi nous descendit Ă  LiĂšge sans aucun accident. LiĂšge , au premier aspect, ne frappe point par sa magnificence ni sa rĂ©gularitĂ©. C’est un amas assez confus de monuments et de maisons dont un grand nombre se cache entre des jardins agrĂ©ables. La ville descend jusque sur les bords de la Meuse. Il est facile de voir que les premiĂšres constructions ont eu lieu prĂšs de cette riviĂšre ; mais Ă  mesure que la population a augmentĂ©, les habitations ont garni les hauteurs qui dominaient la ville; ainsi, aujourd’hui, on pourrait distinguer deux villes dans LiĂšge la ville haute et la ville basse. Dans plusieurs quartiers les rues sont Ă©troites et irrĂ©guliĂšres ; mais Ă  LiĂšge, comme dans presque toutes les villes de la Belgique que nous avons traversĂ©es, on bĂątit Ă  force, on perce des rues , on comble les fossĂ©s des villes pour en faire des boulevards, de telle sorte que, si la paix dure encore trente ans, toutes les vieilles constructions auront disparu, et on ne distinguera plus une ville française d’une ville belge , hollandaise ou prussienne. 22 Il y a cependant Ă  LiĂšge plusieurs monuments qui maintiendront encore longtemps le type national , et qui sont dignes de remarque. En premier lieu il faut placer le palais du prince Ă©vĂȘque de LiĂšge, qu’un incendie avait dĂ©truit en 1 503 et qui a Ă©tĂ© reconstruit en 1508 par l’évĂȘque Erhard de La Marck. Ce palais sert aujourd’hui de palais de justice. Il a une belle façade sur une des places de la ville. Sa principale entrĂ©e est dĂ©corĂ©e par des colonnes d’un effet majestueux. Elle donne accĂšs dans une grande cour carrĂ©e, ressemblant assez Ă  un cloĂźtre, autour de laquelle rĂšgne une large galerie soutenue par des colonnes d’ordre composite d’une pierre trĂšs-dure et presque noire. Ces colonnes sont assez grossiĂšrement taillĂ©es, et paraissent d’une si haute antiquitĂ©, que tout porte Ă  croire qu’elles existaient dĂ©jĂ  dans le palais brĂ»lĂ© en 1503 et qu’elles lui ont survĂ©cu. On nous avait fait l’éloge de la cathĂ©drale ou Ă©glise Saint-Paul. Sans doute cette Ă©glise est d’un assez beau style gothique, mais ellen’apas rĂ©pondu Ă  l’idĂ©e que je m’en Ă©tais formĂ©e. Elle est infĂ©rieure , selon moi, pour le style et les dĂ©corations d’intĂ©rieur, Ă  une ancienne Ă©glise qu’on va rendre 23 au culte l’église Saint-Jacques. Le style d’architecture de cette derniĂšre Ă©glise, le fini de ses ornements gothiques sont tout Ă  fait remarquables. Je me plais surtout Ă  citer de beaux vitraux peints, et un double escalier en spirale, placĂ© dans le cĂŽtĂ© droit du chƓur, pour conduire aux tribunes supĂ©rieures. Cet escalier est un chef- d’Ɠuvre d’élĂ©gance et de lĂ©gĂšretĂ©, et paraĂźt avoir Ă©tĂ© fait dans le quinziĂšme siĂšcle. Nous avions si peu de temps Ă  consacrer Ă  LiĂšge, que nous n’avons pu voir aucune de ses nombreuses manufactures. J’ai regrettĂ© surtout de n’avoir pas visitĂ© les hauts fourneaux et les forges de M. Cokerill Ă  Seraing, ci-devant chĂąteau de rĂ©sidence du prince Ă©vĂȘque de LiĂšge. Au reste, il est impossible, en arrivant Ă  LiĂšge, de ne pas reconnaĂźtre sur-le-champ qu’on est dans une ville manufacturiĂšre, car l’air qu’on y respire est imprĂ©gnĂ© d’une forte odeur de charbon de terre, et les maisons et les rues sont couvertes d’une poussiĂšre noire dont l’air mĂȘme est quelquefois Ă©paissi. L’histoire nous reprĂ©sente les anciens LiĂ©geois comme Ă©tant d’un caractĂšre belliqueux, mais fort turbulent. Le commerce les avait enrichis, ce qui 24 ajoutait encore Ă  leur esprit d’indĂ©pendance, et ils n’obĂ©issaient que difficilement Ă  leur souverain , le prince Ă©vĂȘque de LiĂšge. Aussi, au quinziĂšme siĂšcle surtout, la ville de LiĂšge Ă©tait troublĂ©e par des querelles et des dĂ©sordres continuels auxquels donnaient presque toujours lieu l’élection des princes Ă©vĂȘques et leurs relations avec la ville. Il en rĂ©sulta pour LiĂšge de grands malheurs, puisque ces dĂ©sordres excitĂšrent contre les LiĂ©geois le roi de France Louis XI et Charles-le-TĂ©- mĂ©raire, qui emportĂšrent la ville d’assaut le 30 octobre 1468, et la brĂ»lĂšrent entiĂšrement. Ce dĂ©sastre a fourni Ă  Walter Scott un des Ă©pisodes les plus intĂ©ressants de son cĂ©lĂšbre roman Quentin Durward. Les environs de LiĂšge sont charmants. Nous avons pu nous en faire une idĂ©e du haut d’une terrasse qui domine la ville et ses environs , et d’oĂč l’on peut suivre pendant plusieurs lieues le cours de la Meuse. C’est de cette terrasse que nous avons aperçu le beau jardin appartenant au comte de Mercy Argenteau, et dans lequel se trouve un pont chinois qui joint deux roches d’une Ă©lĂ©vation de cinquante mĂštres. CHAPITRE IV. Route de LiĂšge Ă  Aix-la-Chapelle. — VerĂŻlers. — Rencontre d’un Prussien. — Entretien avec lui. — Sympathie des peuples d’Allemagne pour la France. — Zollverein. — Projet d’alliance. Nous voilĂ  sur le chemin de fer qui conduit de LiĂšge Ă  Aix-la-Chapelle. Nous avons Ă  peine fait une lieue, que dĂ©jĂ  je m’étonne , en jetant les yeux sur la route que nous parcourons , qu’on ait osĂ© concevoir le projet d’un chemin de fer dans un pays aussi accidentĂ©. Que rencontrons- 26 nous , en effet? Des montagnes, des vallĂ©es profondes ! des rochers, des torrents ! Mais que ne peuvent aujourd’hui l’industrie et le gĂ©nie de l’homme ? Les montagnes ? on les a percĂ©es par des tunnels. Les vallĂ©es? on les a comblĂ©es par des viaducs, soutenus par de doubles Ă©tages d’arcades , prĂ©sentant quelquefois une hauteur de trente Ă  quarante mĂštres. Les rochers ? on en a taillĂ© les flancs de granit pour y pratiquer une Ă©chancrure destinĂ©e au passage du chemin de fer. Rien de plus Ă©tonnant, de plus admirable que celte route d’oĂč l’on dĂ©couvre Ă  chaque instant des sites dĂ©licieux. C’est la Suisse en petit, ou plutĂŽt c’est mieux que la Suisse, car cette province de LiĂšge joint Ă  la beautĂ© du paysage les richesses de l’industrie. Et en effet, Madame, pendant que je trace Ă  la hĂąte quelques notes au crayon, Yerviers nous apparaĂźt dans le fond d’une charmante vallĂ©e ; Yerviers, si cĂ©lĂšbre par ses manufactures de draps, et qui, pour la finesse du tissu, la soliditĂ© des couleurs et la perfection de la main- d’Ɠuvre , lutte sans dĂ©savantage contre nos villes d’Elbeuf et de Louviers. Je ne m’attribuerai pas au reste le mĂ©rite de Tl ce rapprochement, que je n’ai pas Ă©tĂ© Ă  mĂȘme de vĂ©rifier on ne s’arrĂȘte , en effet, que quelques minutes Ă  Yerviers pour y recevoir et y laisser des voyageurs; mais je venais de l’entendre faire Ă  un grave Prussien placĂ© en face de moi, et je m’étais senti portĂ© Ă  le croire sur parole. Ce Prussien Ă©tait un homme d’environ soixante- cinq ans , cl’une belle figure , d’une politesse un peu froide, et par cela mĂȘme peut-ĂȘtre annonçant l’homme bien Ă©levĂ©. A cĂŽtĂ© de lui Ă©tait sa femme, dont la physionomie vive et spirituelle et les maniĂšres gracieuses nous avaient prĂ©venu sur-le-champ en sa faveur. Elle parlait fort bien français, et la conversation ne tarda pas Ă  s’engager entre nous. Je crus d’abord qu’elle Ă©tait la fille du Prussien, tant leurs Ăąges me paraissaient disproportionnĂ©s. La dame avait Ă  peine trente ans. J’allais m’engager sur ce terrain, mais elle s’aperçut bien vite de mon erreur, avec ce tact particulier aux femmes , et sans embarras, sans affectation, elle me parla de son mari et de ses enfants. Je ne pus retenir un mouvement de surprise. Elle adressa alors, d’un ton plein de douceur et d’affection , quelques mots en allemand Ă  son mari, sur la 28 figure duquel parut un lĂ©ger sourire, et elle me dit Vous ĂȘtes en ce moment Ă©tonnĂ© que la femme d’un allemand parle français sans aucun accent. Ma rĂ©ponse sera courte et satisfaisante je suis française et nĂ©e Ă  LunĂ©ville. Mon mari, dans un voyage qu’il fit en France, me vit et m’épousa. Mais ne croyez pas que j’aie pour cela rĂ©pudiĂ© ma patrie; non, par le cƓur je suis toujours française. Et bonne française encore ! s’écria le Prus- sien, en riant. Vous ne vous figurez pas, Mon- sieur, combien de lances j’ai Ă©tĂ© obligĂ© de rom- pre Ă  Berlin pour Madame, Ă  cause de son amour patriotique. Vous savez qu’à Berlin on n’a pas toujours Ă©tĂ© juste pour la France. Ne vous hĂątez pas d’accuser les Prussiens. Mon Ăąge vous dit assez que j’ai Ă©tĂ© tĂ©moin des revers de mon pays dans ses luttes dĂ©sastreuses avec la France. En 1814 et en 1815 les Prussiens ont pris leur revanche ; mais ce que vous avez appelĂ© leurs cruautĂ©s, leurs exactions, a Ă©tĂ© bien loin de ce que les Français ont fait en Prusse de 1806 Ă  1812. lien rĂ©sulte donc que la vieille gĂ©nĂ©ration prussienne , qui a bu le ca- lice jusqu’à la lie , a conservĂ© longtemps contre 29 la France une vive animositĂ©... que j’ai Ă©tĂ© loin de partager, se hĂąta-t-il d’ajouter. Concevez- vous quelles durent ĂȘtre les pĂ©nibles impres- sions d’une femme pleine de cƓur et d’amour patriotique , jetĂ©e dans une sociĂ©tĂ© oĂč elle n’entendait que des expressions de haine, des dĂ©clamations retentissantes contre son cher pays. Elle releva fiĂšrement le gant, et se fit le champion de la patrie absente. Ma position de- venait assez embarrassante. Heureusement mes amis comprirent tout ce qu’il y avait de noble et d’élevĂ© dans ce caractĂšre de jeune femme. Ils respectĂšrent sa juste susceptibilitĂ©, et lui permirent d’ĂȘtre française. Ă  Berlin. Elle trouva d’ailleurs de nombreux amis dans la Colonie. » J’allais lui demander l’explication de ce dernier mot, quand il prĂ©vint ma question. Nous avons Ă  Berlin un quartier qui se com- pose presque en entier de descendants de Fran- çais et qu’on appelle la Colonie. Les habitants de ce quartier ont conservĂ© la langue et preste que toutes les habitudes de leur pays. Leurs pĂšres sont arrivĂ©s en Prusse par suite de la rĂ©- vocation de l’édit de Nantes et pour Ă©chapper 50 aux persĂ©cutions que la vieillesse de Louis XIV avait attirĂ©es sur les Calvinistes. Ils ont apportĂ© dans leur nouvelle patrie leur richesse et leur industrie, et ont contribuĂ© Ă  l’agrandissement et Ă  la prospĂ©ritĂ© de Berlin. Aussi ils ont Ă©tĂ© protĂ©gĂ©s par nos rois et principalement par le grand FrĂ©dĂ©ric. Eh bien! Monsieur, croiriez- vous que, malgrĂ© la persĂ©cution qui les a forcĂ©s Ă  sortir de France, malgrĂ© les faveurs dont nos rois les ont comblĂ©s, malgrĂ© cette prospĂ©ritĂ© toujours croissante qui les environne, ils re- grettent la France? Leurs entretiens roulent continuellement sur ce pays qui a rejetĂ© leurs pĂšres de son sein. C’est lĂ  que ma femme allait puiser ses inspirations et entretenir le feu sacrĂ©. Je n’ai apportĂ© aucun obstacle Ă  ces liaisons, ajouta l’excellent homme. Je suis Prussien de naissance et de cƓur 5 mais c’est prĂ©cisĂ©ment parce que j’éprouve le sentiment patriotique au plus haut degrĂ©, que je le respecte chez les au- trĂšs. Oui, ajouta-t-il avec un accent prononcĂ© , je n’ai de haine et de mĂ©pris que pour ces gens toujours prĂȘts Ă  sacrifier leur pays aux intĂ©rĂȘts de leur ambition ou de leur amour-propre -, pour ces misĂ©rables, en un mot, qui n’ont point 31 a de patrie, quel que soit le nom qu’ils portent. » J’aurais voulu, Madame, que vous eussiez assistĂ© Ă  notre entretien, que vous eussiez pu lire sur la figure du noble Prussien ses belles et touchantes Ă©motions en me tenant un si digne langage. Et sa femme! avec quel plaisir elle le regardait! Je compris alors qu’elle pouvait, qu’elle devait l’aimer, malgrĂ© la diffĂ©rence Ă©norme qui sĂ©parait leurs Ăąges peut-ĂȘtre quarante ans. Dans la conversation nous vĂźnmes Ă  parler de Bruxelles. 11 me demanda si j’étais allĂ© visiter le champ de bataille de Waterloo. Non, lui rĂ©pon- dis-je , j’aurais eu trop de peine Ă  voir le théùtre d’un aussi grand dĂ©sastre arrivĂ© aux armĂ©es françaises. Je laisse ce plaisir aux Anglais et aux Prussiens. Les Anglais, poursuivit-il, furent bien heu- reux de nous rencontrer sur cette scĂšne de carnage , car sans nous , vous leur faisiez Ă©prouver la plus rude dĂ©faite dont leurs annales aient fait mention. Et pourtant, lui dis-je , la gloire des Anglais, dans cette journĂ©e, a Ă©clipsĂ© celle des Prussiens. C’est que les Anglais, rĂ©pliqua-t-il vive- 32 ment, sont de grands escamoteurs , de grands comĂ©diens. MisĂ©rables fanfarons! Ils osent se vanter d’avoir vaincu les Français dans cette journĂ©e; mais, Monsieur, interrogez toute l’Al- lemagne. LĂ  il n’est pas un enfant qui ne sache que le 46 juin 4845, Ă  quatre heures du soir, les Anglais Ă©taient battus sur tous les points ; qu’une partie des bagages de l’armĂ©e filait dĂ©jĂ  sur Bruxelles ; que la retraite Ă©tait imminente, puisque tous les corps de l’armĂ©e avaient Ă©tĂ© successivement engagĂ©s , Ă  l’exception d’un corps de deux mille hommes d’excellente cava- lerie que Wellington conservait prĂ©cieusement pour protĂ©ger sa retraite. C’est alors que le pre- mier corps de l’armĂ©e prussienne , commandĂ© par Bulow, arriva sur le champ de bataille, et couvrit les Anglais en attaquant vivement les vainqueurs. La rĂ©serve française n’avait pas encore Ă©tĂ© engagĂ©e ; elle se porta au devant des' Prussiens et leur livra un sanglant combat, pendant que les Anglais, simples spectateurs de cette seconde partie de la journĂ©e, se ralliaient derriĂšre les bataillons prussiens. MalgrĂ© cette intervention inespĂ©rĂ©e de trente mille hommes de troupes fraĂźches , Wellington avait Ă©tĂ© telle- oo ment dĂ©moralisĂ© par le non-succĂšs de ses prĂȘte miĂšres tentatives , qu’il n’osa encore compter sur la rĂ©ussite et ne pensa pas Ă  lancer sur le champ de bataille ses deux mille hommes de cavalerie , qui auraient peut-ĂȘtre dĂšs ce mois ment dĂ©terminĂ© la victoire. Ce ne fut qu’à sept heures du soir, Ă  l’arrivĂ©e de Blucher qui ame- nait un deuxiĂšme corps de troupes fraĂźches, et a quand alors l’armĂ©e française n’avait plus ab- solument rien Ă  lui opposer, que Wellington se ravisa et donna l’ordre de cette fameuse charge de cavalerie qui n’avait que le tort de venir quand tout danger avait cessĂ© et que la bataille n’était plus douteuse. VoilĂ  pourtant, Monsieur, me dit le Prus- sien avec amertume, comme on Ă©crit l’his— toire. La voilĂ  cette fameuse charge de cava- lerie Ă  laquelle les Anglais ont impudemment attribuĂ© la victoire et qu’ils ont reproduite jusqu’à satiĂ©tĂ© dans leurs revues pour la plus grande satisfaction des badauds de Londres. Fut-il jamais charlatanisme plus effrontĂ© ? Oui, Ă  Waterloo, les Français avaient battu les An- glais sans mĂȘme avoir Ă©tĂ© obligĂ©s de se servir de leur rĂ©serve, et ce sont les Prussiens qui sont 5 venus donner la main aux Anglais, et les rele- ver quand ils Ă©taient Ă  terre. » Je ne puis, Madame, vous exprimer le singulier plaisir que j’éprouvais Ă  entendre le noble Prussien s’exprimer ainsi. Il me parlait d’une journĂ©e dĂ©sastreuse pour la France, et cependant son langage me convenait. C’est que je me disais Quelle opinion l’Europe a-t-elle donc de notre France, puisque depuis trente ans deux peuples braves se disputent avec acharnement l’honneur de lui avoir portĂ© le dernier coup, et qu’ils y attachent leur plus beau titre de gloire ? Et puis d’ailleurs je surprenais les Anglais en flagrant dĂ©lit de mensonge, s’attribuant une victoire remportĂ©e par d’autres. Je voyais leurs historiens, leurs orateurs , Walter Scott, Castle- reag, etc., remplir, Ă  proprement parler, le rĂŽle de l’ñne qui joue de la trompette, c’était vraiment divertissant pour un Français. Je conçois, lui dis-je, que vous ayez Ă  vous plaindre de l’Angleterre. Depuis bien des annĂ©es sa politique exploite le monde. Nulle puissance n’a aussi bien qu’elle mis en action la maxime Diviser pour rĂ©gner. Du haut des falaises de Douvres elle observe l’Europe, fait jouer mille 55 ressorts pour pousser les nations du continent les unes contre les autres , se repaĂźt du spectacle de leurs sanglants dĂ©bats , et quand elle les voit Ă©puisĂ©es , haletantes, elle sort de son Ăźle , arrive sur le champ de bataille pour porter secours Ă  celle des nations dont la puissance lui fait le moins d'ombrage, dĂ©cider la victoire en sa faveur , et prendre la plus forte part du butin. Aux uns elle vole leurs villes et des provinces entiĂšres , aux autres elle enlĂšve leur prospĂ©ritĂ© commerciale, Ă  vous elle a cherchĂ© Ă  dĂ©rober une gloire lĂ©gitimement acquise. Vous le savez , et cependant vous ĂȘtes rivĂ©s Ă  son alliance. DĂ©trompez-vous, me rĂ©pondit-il vivement -, si l’Angleterre a pesĂ© longtemps sur l’Allema- gne, ce temps est passĂ© ; aujourd’hui, et pour toujours peut-ĂȘtre, l’Allemagne Ă©chappe Ă  F An- glelerre. J’irai plus loin. Il y a chez tous les peuples d’Allemagne, malgrĂ© mĂȘme les efforts de leurs gouvernements, une disposition pro- noncĂ©e Ă  se rapprocher de la France, car, il faut bien que vous le sachiez, l’Allemagne aime la France autant qu’elle dĂ©teste l’Angle- terre. D’abord le caractĂšre et les habitudes françaises lui plaisent, et ensuite elle a beau- 56 coup plus Ă  gagner avec la France qu’avec Y An- gleterre, en ce qu’elle peut Ă©couler en France autant de produits qu’elle en reçoit d’elle. L’Angleterre, au contraire, faisant trĂšs-peu d’échanges avec l’Allemagne et l’inondant du produit de ses manufactures , Ă©crase les manu- factures allemandes qui ne peuvent se procurer les matiĂšres premiĂšres Ă  aussi bon marchĂ©. Mais le gouvernement prussien, qui craint pour ses provinces RhĂ©nanes les sympathies françaises , autant pour le moins qu’il craint la concurrence anglaise pour son industrie com- merciale, repousse cette tendance de l’Aile— magne vers la France. Il a donc imaginĂ© le Zollverein, ou l’union des douanes allemandes, afin d’abaisser les barriĂšres commerciales entre les divers Ă©tats de l’union et de recrĂ©er l’an- cienne unitĂ© allemande. Le but de cette assoie dation est d’apprendre Ă  l’Allemagne Ă  se pas- ci ser de ses voisins et Ă  trouver chez elle tous les produits manufacturĂ©s qu’elle allait chercher en France ou en Angleterre. Au moyen du Zoll- verein, toute l’Allemagne s’entendra pour que ses produits circulent librement dans tous les États soumis au Zollverein, et pour que les 37 produits des nations voisines , et notamment de la France et de l’Angleterre , soient frappĂ©s d’interdit dans ces mĂȘmes Etats, ou y soient soumis Ă  des droits Ă©normes, ce qui revient au mĂȘme. C’est une mesure dĂ©sastreuse pour l’Ante gleterre qui Ă©tait depuis un grand nombre d’annĂ©es en possession de vendre tous ses pro- duits Ă  l’Allemagne. Maintenant nous croyez- vous encore rivĂ©s Ă  l’alliance anglaise, ainsi que vous me le disiez il n’y a qu’un mo- ment? » — Je connaissais, lui rĂ©pondis-je, l’institution du Zollverein. Je vous accorderai mĂȘme que l’Angleterre en Ă©prouvera un prĂ©judice rĂ©el ; mais croyez-vous que la France n’en souffrira pas Ă©galement? — Moins que l’Angleterre dont l’Allemagne se dĂ©tache tout-Ă -fait, reprit le Prussien , et quand l’influence de cette puissance ne pĂšsera plus sur les relations de la France et de l’Allemagne, doutez-vous que ces deux grands pays ne finissent par s’entendre cordialement ? — J’en accepte l’augure , lui dis-je ; mais au reste le Zollverein n’est pas complĂštement instituĂ©. Tant que l’Autriche n’y aura pas donnĂ© 38 son adhĂ©sion, la mesure sera incomplĂšte , et nous savons tous qu’elle l’a refusĂ©e. — C’est vrai, mais c’est peut-ĂȘtre un peu la faute du gouvernement prussien. 11 s’est hĂątĂ© trop vite de prendre la prĂ©sidence du Zollverein ; et quand on a proposĂ© Ă  l’Autriche d’entrer dans l’association, elle a demandĂ© quelle place on lui avait rĂ©servĂ©e. L’Autriche accoutumĂ©e depuis un grand nombre d’annĂ©es Ă  marcher Ă  la tĂȘte de l’Allemagne, ne peut accepter la prĂ©sidence de la Prusse. Il lui faut une position au moins Ă©gale. Le Zollverein aura-t-il deux prĂ©sidents? D’un autre cĂŽtĂ© la maison d’Autriche qui professe une espĂšce de culte pour le statu quo, consentira-t-elle Ă  livrer ses possessions Ă  l’esprit d’innovation? Que fera-t-elle surtout Ă  l’égard de la Hongrie qui a ses privilĂšges dont elle est si jalouse, et auxquels le Zollverein porterait atteinte? Il faut espĂ©rer que le temps rĂ©soudra ces difficultĂ©s qui sont grandes. En attendant que l’Autriche se dĂ©cide, la Prusse continue Ă  agir auprĂšs des autres États voisins pour les engager Ă  entrer dans l’alliance ; et je sais mĂȘme qu’elle a fait Ă  la Belgique des ouvertures qui n’ont pas Ă©tĂ© repoussĂ©es. 59 — Quoi ! la Belgique , que nous avons sauvĂ©e deux fois d’une invasion, qui nous doit le plus grand des bienfaits, son existence comme Etat ! — La Belgique vous Ă©chappera, soyez-en convaincus. Son intĂ©rĂȘt le lui commande 5 et d’ailleurs quelle foi pouvez-vous avoir dans l’alliance belge? La lĂ©gĂšretĂ© et l’inconstance des Belges ne sont-elles pas proverbiales? Dans quelques annĂ©es, si l’occasion s’en prĂ©sente et si on les en prie bien fort, ils formeront la tĂȘte d’une nouvelle coalition contre la France. Vous n’aviez qu’un moyen de vous assurer d’eux, c’était de les rĂ©unir Ă  la France. Vous le pouviez en 1830. Tout vous Ă©tait permis alors, car l’Europe vous craignait. Vous avez laissĂ© passer le moment, et vous savez aussi bien que moi que l’occasion perdue ne se retrouve pas. — II nous restera toujours un moyen de nous concilier la Belgique et de prĂ©venir son adhĂ©sion au Zollverein allemand, en lui offrant d’abaisser entre nous la barriĂšre des douanes. Elle prĂ©fĂ©rera certainement notre alliance commerciale aux propositions de la Prusse. — Votre gouvernement n’osera pas, il craindrait de blesser vos grands propriĂ©taires de bois 40 auxquels la houille belge ferait une rude concurrence,* et presque tout le commerce français qui aurait trop Ă  souffrir de l’introduction libre des produits belges. La France est principalement un pays de consommateurs. La Belgique au contraire est essentiellement productrice, et pourrait alimenter par ses fabriques un empire de cent millions d’habitants. Tout l’avantage dans l’abaissement des barriĂšres douaniĂšres serait donc pour la Belgique. — Et cependant vous consentez Ă  l’admettre dans le Zollverein. Elle n’y est pas encore , me rĂ©pondit le Prussien. 11 ajouta aprĂšs quelques instants de silence me rĂ©pondit-il en me tendant la main. DĂšs ce moment la connaissance fut faite, et pour vous expliquer comme nous nous trouvĂąmes bien d’avoir changĂ© de places, je me servirai d’une comparaison Supposez que vous ĂȘtes emprisonnĂ©e dans un Ă©troit corset qui vous force de vous tenir raide t guindĂ©e , et que vos pieds mignons sont res— ÎOO serrĂ©s dans des souliers trop petits qui ne vous permettent pas de faire un mouvement sans gĂȘne. Tels nous Ă©tions avec les Anglais. Figurez-vous maintenant qu’au sortir de ces entraves, vous passez une douillette bien large et bien moelleuse, que vous entrez vos pieds dans de bonnes pantoufles bien fourrĂ©es , et que vous vous livrez au coin du feu Ă  une causerie agrĂ©able avec de bons amis. Tels nous nous trouvĂąmes avec la famille allemande. Le mari, comme je l’appris bientĂŽt, Ă©tait un professeur de l’universitĂ© de Gottingue. Sa femme, bonne grosse allemande, avait toujours le sourire sur les lĂšvres, et ne perdait pas un seul moment de vue son mari et ses deux enfants. Le garçon , ĂągĂ© de douze Ă  quatorze ans, avait dĂ©jĂ  l’air recueilli et mĂȘme un peu pĂ©dant c’était un Ă©lĂšve en thĂ©ologie. Quant Ă  sa fraĂźche jeune sƓur , elle aspirait l’air Ă  pleins poumons, Ă©tait heureuse de tout ce qu’elle voyait, de tout ce qu’on disait autour d’elle , de vivre en un mot, et, par son enjouement et sa vivacitĂ©, avait seule le pouvoir de dĂ©rider son pĂšre , dont la figure , quoique pleine de bienveillance, Ă©tait naturellement sĂ©rieuse. 101 Je trouvai dans ce dernier un homme profondĂ©ment instruit, principalement dans l’histoire du moyen Ăąge ; je regardai donc cette rencontre connue une vĂ©ritable bonne fortune. Le reste des passagers se composait de touristes belges ou prussiens qu’on reconnaissait au petit havresac en cuir qu’ils portaient attachĂ© sur le dos. Presque tous y joignaient une Ă©norme pipe suspendue Ă  leur boutonniĂšre, et une petite boĂźte en fer-blanc, passĂ©e en sautoir, et contenant leur tabac. Je suis rĂ©ellement fĂąchĂ© pour le bon peuple allemand de cette absurde passion pour le tabac Ă  fumer. Je trouve qu’elle l’absorbe, qu’elle l’alourdit, qu’elle l’énerve mĂȘme. Si cette habitude me semble rĂ©prĂ©hensible dans des hommes faits , que dois-je en penser quand je la vois dĂ©jĂ  enracinĂ©e chez des enfants de quatorze Ă  quinze ans ! Nous avions aussi sur le paquebot un assez grand nombre d’habitants des bords du Rhin , dont le personnel se renouvelait Ă  chaque station. En face de Bonn le Rhin est fort beau. Il ressemble Ă  un grand lac. D’un cĂŽtĂ© est la ville de Bonn avec ses monuments et son enceinte de murailles, 102 au delĂ  desquelles on aperçoit les hauteurs de Poppelsdorf. De l’autre cĂŽtĂ© du Rhin on a la vue de campagnes fertiles bornĂ©es par le Godesberg et le Kreusberg. Sur la montagne du Godesberg on remarque les belles ruines d’un vieux fort romain. Ce fort, dit une ancienne lĂ©gende, fut bĂąti par un roi Ă©tranger qui Ă©tait venu avec une grande armĂ©e dans ces contrĂ©es. Il fut aidĂ© dans la construction du fort par les mauvais esprits avec lesquels il avait fait alliance , et auxquels il avait Ă©rigĂ© un temple oĂč l’on offrait des sacrifices humains. Par l’influence de ces mauvais esprits, il rĂ©gna sur le Rhin ; mais Ă  l’arrivĂ©e des prĂȘtres chrĂ©tiens , qui par l’efficacitĂ© de leurs priĂšres conjurĂšrent les mauvais esprits, le roi fut forcĂ© Ă  une fuite honteuse. Il est facile de voir qu’on a voulu personnifier dans ce roi Julien l’apostat, qui sĂ©journa effectivement, avec ses lĂ©gions, dans ces contrĂ©es. C’est ainsi qu’on Ă©crivait l’histoire dans ces temps Ă  demi barbares. Ne vous Ă©tonnez pas si je mĂȘle Ă  des descriptions fort sĂ©rieuses et fort exactes quelques contes populaires que vous allez peut-ĂȘtre repousser du 105 haut de votre superbe raison. Songez que je suis dans le pays des enchantements ; que dans quelques instants je vais me trouver en face de ces sept montagnes qui, dans le moyen Ăąge, furent le théùtre de mille combats , de mille aventures chevaleresques; que chacune des ruines que j’aperçois eut dans les anciens temps son tyran et sa victime ; que les grottes qu’on dĂ©couvre dans ces rochers, baignĂ©s par le Rhin, furent l’asile impĂ©nĂ©trable d’un dragon ou autre animal fantastique qui dĂ©vorait les imprudents navigateurs , jusqu’à ce que quelque saint en eĂ»t dĂ©livrĂ© le pays, ou l’eĂ»t rendu doux comme un agneau ; que , parmi les cent cinquante passagers qui sont sur le paquebot, il y en a au moins la moitiĂ© qĂŒi, s’ils ne croient pas fermement Ă  toutes ces traditions, ne sont pas Ă©loignĂ©s de penser qu’elles sont basĂ©es sur quelque Ă©vĂ©nement Ă©tonnant, Ă©trange, inexplicable. Que moi, tout le premier, je commence Ă  ressentir l’influence de l’air du pays ; que la France , Paris et mĂȘme Rouen sont loin de mes pensĂ©es qui errent au milieu de ces ruines, les rebĂątissent, les repeuplent de leurs hĂŽtes , et reproduisent Ă  mes yeux quelques-unes de ces terribles scĂšnes que j’ai lues autrefois 104 dans Herman d’Unna ou les Chevaliers des sept Montagnes. D’aprĂšs toutes ces considĂ©rations , j’espĂšre que vous accueillerez avec indulgence les anecdotes du temps passĂ© que je devrai Ă  la complaisance , ou Ă  la crĂ©dulitĂ©, si vous l’aimez mieux , de mes compagnons de voyage. CHAPITRE II. KƓnigsviiiiter — lies Sept Monts* — Chronique sur Roland* — ChĂąteaux de Rheineck et de Hamuer* stein* Nous arrivĂąmes Ă  KƓnigs'winter , petite ville de quinze cents habitants sur la rive droite du Rhin, au pied de trois coteaux plantĂ©s en vignes la Halde , le Sauerberg et le Hardberg. L’origine de cette ville remonte, dit-on , Ă  l’empereur Valentinien , qui y sĂ©journa avec son armĂ©e pen- 106 dant qu’il faisait construire des forts sur le Lo- wenberg et le Stromberg. C’est ordinairement Ă  KƓnigswinter qu’on prend cfĂšs guides pour parcourir les sept monts. La chaĂźne majestueuse des sept monts tire son nom des sept sommets qui dominent toute la chaĂźne. Le premier et le plus escarpĂ© des sept monts le Drachenfels , s’élĂšve sur le bord du fleuve, comme une paroi colossale. Toutes les pierres qu’on a employĂ©es Ă  la construction de la cathĂ©drale de Cologne ont Ă©tĂ© tirĂ©es des carriĂšres du Drachenfels , que , par cette raison , on appelle aussi CarriĂšres du DĂŽme Dombruch. A l’Est, une crĂȘte joint le Drachenfels avec le Wolken- bourg qui a la forme d’un cĂŽne tronquĂ©. Au Midi, et Ă  droite du Drachenfels, paraĂźt le Stromberg; et derriĂšre ces trois montagnes , un peu plus loin du Rhin , s’élĂšvent le Lowenberg , le Nieder , l’Oelberg et le Hemmerich. Ces sept montagnes, vues du Rhin, forment un magnifique amphithéùtre. Elles sont toutes couronnĂ©es par les ruines d’un chĂąteau. La chronique, en effet, rapporte que chacune de ces montagnes Ă©tait la propriĂ©tĂ© d’un puissant 107 chevalier, qui avait Ă©tabli sa rĂ©sidence dans un chĂąteau fort, situĂ© au sommet, ce qui ne le faisait pas mal ressembler Ă *l’aire d’un aigle. Ces chevaliers, suivant les habitudes du bon vieux temps, Ă©taient un peu voleurs et dĂ©trousseurs de passants. Ils exerçaient surtout leur coupable industrie Ă  l’époque oĂč les marchands se rendaient aux foires de Francfort et de Leipsick , et ne se faisaient faute de les voler quand l’occasion s’en -prĂ©sentait. Les bourgeois des villes voisines, importunĂ©s par les plaintes de ces marchands, firent une confĂ©dĂ©ration pour mettre les voleurs Ă  la raison ; mais les hauts et puissants seigneurs prĂ©tendirent que les vilains cherchaient Ă  empiĂ©ter sur leurs privilĂšges, et formĂšrent de leur cĂŽtĂ© une alliance pour maintenir le statu quo, c’est-Ă -dire leur droit inaltĂ©rable de piller impunĂ©ment comme par le passĂ©. Les anciennes chroniques rapportent meme que cette alliance Ă©tait figurĂ©e par sept flĂšches rĂ©unies dans un mĂȘme faisceau. Il en rĂ©sulta des combats acharnĂ©s. Tous ces chevaliers , couverts de fer , parfaitement exercĂ©s au mĂ©tier des armes , pouvant se rĂ©fugier Ă  l’approche du danger dans un asile presque im- 108 prenable et appelant d’ailleurs Ă  leur aide tous les bandits qui pullulaient dans les Etats voisins, avaient un avantage incalculable sur les habitants des villes. Ceux-ci, en effet, mal armĂ©s , peu ou point exercĂ©s aux combats, manquant de discipline , ne pouvaient que difficilement, malgrĂ© leur courage, rĂ©sister aux attaques rĂ©itĂ©rĂ©es des chevaliers. NĂ©anmoins , les bourgeois suppléÚrent Ă  l’habiletĂ© et Ă  la discipline par le nombre et la persĂ©vĂ©rance. Ils firent essuyer plusieurs dĂ©faites aux chevaliers, s’emparĂšrent de quelques chĂąteaux , et adressĂšrent leurs justes plaintes Ă  l’Empereur. Ce ne fut pas en vain, car l’histoire nous apprend que, dans une seule campagne, l’empereur Henri V prit et fit raser le Drachenfels et le Wolhenbourg. Une fois le faisceau rompu, il fut facile de venir Ă  bout des autres Ă©lĂ©ments de rĂ©sistance, et tous les chĂąteaux tombĂšrent successivement aux mains des bourgeois des villes, qui ne firent grĂące Ă  aucun , et ne laissĂšrent partout que des ruines. Plus loin , le Rhin se partage en deux bras qui entourent deux Ăźles connues sous le nom de Rolandswert ; et sur un rocher Ă  droite se prĂ©- 109 sentent les sombres ruines de Rolandseck. Ces ruines , couvertes de lierre et de plantes grimpantes, sont d’un effet majestueux. La perspective , du haut de Rolandseck, doit ĂȘtre admirable. Une ancienne chronique raconte que Roland, neveu de Charlemagne, vivement Ă©pris d’une jeune beautĂ©, la poursuivait avec toute l’ardeur de l’amour, quand, arrivĂ© dans l’üle de Rolands- wert, il apprit que , pour Ă©chapper Ă  ses poursuites , elle s’était rĂ©fugiĂ©e et avait pris le voile dans un couvent qu’on apercevait sur l’autre rive du Rhin. Le paladin, accablĂ© de regrets, mais voulant du moins respirer le mĂȘme air que sa bien-aimĂ©e, bĂątit le chĂąteau de Rolandseck , d’oĂč il pouvait voir le couvent, et y fixa son sĂ©jour jusqu’à la mort de la jeune fille, qui arriva quelques annĂ©es plus tard. Il est Ă  remarquer que , dans les anciennes chroniques , on se plaĂźt toujours Ă  faire de Roland un amant trompĂ© dans ses espĂ©rances, de mĂȘme qu'on peint Renaud de Montauban comme ayant Ă©tĂ© constamment heureux , et qu’on les retrouve l’un et l’autre, avec ces mĂȘmes caractĂšres , dans les poĂšmes immortels du Boyardo et no de l’Arioste , et dans les chroniques de l’archevĂȘque Turpin. Il est donc fort Ă  croire que le nom de Roland n’a Ă©tĂ© donnĂ© au hĂ©ros de cette histoire qu’à cause de ses malheurs en amour. Si Roland, en effet, avait Ă©tĂ© le hĂ©ros de toutes les aventures qui lui sont attribuĂ©es, il aurait vĂ©cu dix Ăąges d’homme. Au reste, il y a une question prĂ©judicielle Ă  examiner, c’est celle-ci Roland, comte d’Angers, neveu de Charlemagne, a-t-il jamais existĂ©? L’histoire se tait sur ce personnage, mais toutes les anciennes chroniques en parlent ; et la tradition, dans le midi de la France et en Espagne , a transmis jusqu’à nous quelques-unes de ses aventures , et notamment sa dĂ©faite et sa mort Ă  Ronce vaux. Qui faut-il croire? AprĂšs Rolandseck les montagnes s’abaissent et des deux cĂŽtĂ©s du Rhin font place Ă  de riantes campagnes. De nombreux villages apparaissent sur le penchant des coteaux couverts de vignes. Cette vue charmante repose des sombres Ă©motions qu’ont fait naĂźtre les sept monts. Nous aperçûmes bientĂŽt Unkel, petite ville de six Ă  sept cents habitants , et, un peu plus loin , Remagen , le Rigomagum des Romains, 111 autre petite ville, bĂątie sur la chaussĂ©e de Co- blentz Ă  Bonn. Cette chaussĂ©e, qui est une des plus belles d'Allemagne, est due en partie aux Français qui l’achevĂšrent en 1801. A cette occasion on dĂ©couvrit une grande quantitĂ© de pierres milliaires , de monnaies , de colonnes avec des inscriptions , de cercueils et autres objets d’antiquitĂ©. On y trouva la preuve que dĂ©jĂ  les empereurs Marc-AurĂšle et Lucius Verus avaient fait construire une chaussĂ©e dans ces mĂȘmes lieux. En passant devant Erpler-Ley , mont de basalte au pied duquel s’étend le bourg d’Erpel, avec une population de huit cents habitants , on nous fit remarquer que ce mont produisait le meilleur vin blanc de cette contrĂ©e , nommĂ© vin de Le', ce qui Ă©tait dĂ» principalement Ă  l’exposition des coteaux au soleil du matin et du midi. En effet , la nature du sol y entre pour bien peu de chose ; il est tellement pierreux qu’on est obligĂ© de planter chaque cep dans un panier rempli de gazon et de terre, et de l’enterrer ainsi dans les crevasses du rocher. Nous arrivĂąmes devant Linz, petite ville situĂ©e sur le penchant d’une montagne qui s’élĂšve au bord du Rhin. Elle a pour dĂ©fense un chĂąteau 112 placĂ© prĂšs de la porte du Rhin, et que l’archevĂȘque Engelbert III fit bĂątir en 1365 pour assurer la perception du pĂ©age de ce fleuve. L’église m’a semblĂ© fort ancienne et d’un aspect imposant. Plus loin nous aperçûmes le chĂąteau de Rhei- Ă« neck, au haut d’une montagne. Il ne paraĂźt rester du vieux chĂąteau que quelques ruines et une tour fort Ă©levĂ©e, de la plate-forme de laquelle la vue doit s’étendre sur un panorama magnifique. Cette tour, me dit le bon professeur, Ă©tait de construction romaine , et elle avait dĂ©jĂ  usĂ© plusieurs chĂąteaux. » Je conserve cette Ă©nergique expression, qui peint parfaitement l’extrĂȘme soliditĂ© de la tour et en gĂ©nĂ©ral des ouvrages faits par les Romains. Nous passĂąmes devant un Ă©norme rocher noir qui est penchĂ© sur le fleuve. Nous aperçûmes sur son sommet les ruines du vieux chĂąteau de Ham- merstein. Ce chĂąteau Ă©tait une position trop importante pour ne pas avoir excitĂ© la convoitise des puissants seigneurs du voisinage ; aussi nous voyons dans l’histoire qu’il changea fort souvent de maĂźtre. Il fut enfin dĂ©moli par les Français en 1688, aprĂšs la paix de Westphalie. Ăź 13 Avant d’arriver Ă  cette fin, de combien d’évĂ©nements ce chĂąteau n’a-t-il pas Ă©tĂ© tĂ©moin ! Tous les changements de maĂźtre qu’il a subis n’ont pu arriver sans de violentes commotions. Qui nous dira l’histoire secrĂšte du chĂąteau de Hammer- stein? HĂ©las! elle se rĂ©sume peut-ĂȘtre, comme l’histoire de tout le moyen Ăąge, dans des actes d’oppression, de vengeance et de cruautĂ©, au milieu desquels on voit apparaĂźtre, Ă  de rares intervalles, quelques traits de dĂ©vouement, d’hĂ©roĂŻsme et de gĂ©nĂ©rositĂ©. CHAPITRE III. ISuincs dn chĂąteau du Diable. — Origine de ce nom. — Andernacli. — Keuwied. — JEngers. — Ghrenbreit- stcin. — Coblentz. Nous aperçûmes bientĂŽt Andernach, avec ses tours dĂ©labrĂ©es et ses murailles noircies par le temps , et le riant village de Leudesdorf. Avant d’y arriver nous passĂąmes devant les ruines de FrĂ©dĂ©richstein, nommĂ©es aussi le ChĂą- 115 teau du Diable. Je voulus connaĂźtre l’origine de ce surnom, et voici ce qu’on me rapporta Sur l’emplacement de ces ruines existait jadis un chĂąteau redoutĂ© des patrons des ba- teaux du Rhin, qui l’avaient surnommĂ© le CliĂą- teau du Diable, Ă  cause des nombreux nau- frages arrivĂ©s en ce lieu. Ce passage dangereux Ă©tait habitĂ© par un ' chevalier fĂ©lon qui, en fait de mĂ©chancetĂ©, , aurait remontrĂ© au diable lui-mĂȘme. 11 ne sou- tenait le faste de sa maison qu’à l’aide des Ă©pais ves qu’il retirait des naufrages arrivĂ©s sur le Rhin dans l’étendue de ses domaines. Pour aug- menter le nombre de ces sinistres, il faisait enfoncer la nuit, au milieu du fleuve, par un j de ses Ă©cuyers, des pieux aigus qui perçaient les 5 flancs des bateaux et Ă©taient cause de tous les malheurs arrivĂ©s dans ces parages maudits. Ayant appris qu’un riche navire devait re- k culiĂšrement aux soins de son Ă©cuyer ; mais ce dernier avait nĂ©gligĂ© d’exĂ©cuter les ordres de son seigneur, qui avait eu le mortel dĂ©plaisir s de voir, des fenĂȘtres de son chĂąteau, le navire franchir sans avaries la passe dangereuse. Le 116 chĂątelain, pour punir son vassal de sa nĂ©gli- gence, lui avait fait donner cent coups de fouet. Alors l’écuyer, furieux de cette punition, s’était enfui vers l’archevĂȘque de Cologne. AprĂšs s’ĂȘtre jetĂ© Ă  ses pieds et avoir implorĂ© son pardon, il lui avait confessĂ© les crimes dont il s’était rendu complice. L’archevĂȘque, dont le pouvoir Ă©tait grand , avait pardonnĂ© Ă  l’écuyer Ă  cause de son re- pentir; mais il s’était emparĂ© par surprise du chĂąteau , et pour punir le possesseur de ses actes de piraterie, il l’avait fait pendre, haut et court, aux fenĂȘtres de son chĂąteau, qui depuis ce moment avait toujours conservĂ© le nom de ChĂąteau du Diable. » Une seconde version assigne Ă  ce nom une autre origine. Le chĂąteau de FrĂ©dĂ©richstem aurait Ă©tĂ© construit autrefois avec des matĂ©riaux transportĂ©s Ă  l’aide de corvĂ©es imposĂ©es au peuple , et le peuple , irritĂ© contre ces corvĂ©es, aurait par cette raison nommĂ© le chĂąteau , la Maison du Diable. La premiĂšre version offre plus d’intĂ©rĂȘt, la seconde est plus vraisemblable je vous laisse le choix. H7 En lace d’Andernach le Rhin se irouve resserrĂ© entre des rochers escarpĂ©s qui rendent son cours plus rapide. Mon compagnon de voyage m'entretint de l’ancienne splendeur d’Andernach, qui, Ă  l’époque de la fĂ©dĂ©ration des villes du Rhin , pouvait fournir mille fantassins armĂ©s et cinquante che- comparaison avec elles. Pour voir le Giessbach dans toute sa beautĂ© , il {i faut monter jusqu’aux plus hautes cascades et ne pas s’arrĂȘter Ă  moitiĂ© chemin, comme je l’ai vu faire Ă  plusieurs voyageurs qui ne croient pas moins fermement avoir tout visitĂ©. En effet, le Giessbach se prĂ©cipite du haut de la montagne en formant une suite de chutes plus ou moins § Ă©levĂ©es. NouS en avons comptĂ© sept, toutes re- g marquables par la variĂ©tĂ© de leur forme et leurs nombreuses gerbes, et les premiĂšres se trouvent § Ă  une assez grande hauteur. L’impĂ©tueux torrent 1 tombe ainsi, de cascade en cascade , tantĂŽt en nappes d’argent, tantĂŽt en flocons d’écume, sur des rochers qu’il cherche en vain Ă  Ă©branler, et va enfin reposer ses ondes fatiguĂ©es dans les gouffres du lac de Brientz. La plus belle cascade est sans contredit celle qui tombe du haut d’un rocher, dont la base creusĂ©e forme une grotte oĂč on peut facilement se placer, de maniĂšre Ă  avoir le volume d’eau entre soi et i 257 le ciel. Nous j sommes arrivĂ©s au moment meme oĂč le soleil frappait sur la cascade et venait se rĂ©flĂ©chir dans le fond de la grotte aprĂšs avoir traversĂ© le volume d’eau. C’était un effet d’arc- en-ciel fort remarquable. Non loin du Giessbach on nous montra une terrasse avancĂ©e sur le bord du lac et nommĂ©e le Tansplatz la place de danse; la tradition rapporte que deux amants avaient Ă©tĂ© forcĂ©s de renoncer Ă  une union qu’ils dĂ©siraient ardemment. Il Ă©tait d’usage que le jour de la fĂȘte du pays on se rĂ©unĂźt sur le Tansplatz pour se livrer Ă  des danses Ă  la vue du lac. Les deux amants parurent Ă  la fĂȘte dans leurs plus beaux habits. Quand le signal de la walse se fit entendre, ils se rĂ©unirent aux danseurs. On les vit quelque temps, au milieu des autres walseurs, faire admirer leur lĂ©gĂšretĂ© . Insensiblement ils s’approchĂšrent du lac en tournant sur eux-mĂȘmes. On avait fait jusque-lĂ  peu d’attention Ă  eux ; mais quand on les vit gagner le bord du lac, un cri gĂ©nĂ©ral d’effroi se fit entendre. On courut Ă  eux pour les prĂ©venir du danger et les arrĂȘter. Il Ă©tait trop tard. Un dernier tour de walse les prĂ©- 17 258 cipita dans l’abĂźme, oĂč leur vie s’éteignit pendant qu’ils se tenaient Ă©troitement embrassĂ©s. Cette anecdote me frappa beaucoup ; elle me rappela qu’un genre de mort Ă  peu prĂšs semblable fut choisi par les femmes et les filles de Souli, pour Ă©chapper aux outrages des soldats du fameux Ali, pacha de Janina. Qui n’a pas ouĂŻ dire en Europe la rĂ©sistance dĂ©sespĂ©rĂ©e d’une poignĂ©e de Souliotes contre toutes les forces cl’Ali ? Ils durent enfin succomber sous les efforts du nombre et de la trahison. Quand vint ce moment, les femmes et les vierges de Souli, sur le point d’ĂȘtre livrĂ©es aux Albanais, satellites d’Ali, rĂ©solurent de mourir. Elles se rĂ©unirent sur un rocher qui dominait un prĂ©cipice d’une immense profondeur. Toutes se tenaient par la main. Elles commencĂšrent une espĂšce de danse funĂšbre, en chantant sur un rhjthme, d’abord lent, ensuite plus accĂ©lĂ©rĂ©, des adieux Ă  leur cher pays et Ă  la vie. Elles formaient une longue chaĂźne, et Ă  mesure que l’extrĂ©mitĂ© de cette chaĂźne s’approchait du prĂ©cipice , une main se dĂ©tachait et une femme tombait. Aucune ne refusa cet horrible sort ; et les Albanais, au moment oĂč ils arrivaient sur la cime du rocher, pu- 259 rent encore ĂȘtre tĂ©moins de la cliute de la derniĂšre de ces femmes hĂ©roĂŻques. Nous quittĂąmes enfin le Giesshach pour nous rendre Ă  Brientz, oĂč nous arrivĂąmes en peu de temps. La position de Brientz , Ă  l’extrĂ©mitĂ© du lac, est agrĂ©able , quoique trop resserrĂ©e entre le lac et la montagne. Dans l’hĂŽtel oĂč nous nous arrĂȘtĂąmes pour dĂ©jeuner , nous avions la vue du lac, qui offre un aspect bien plus sĂ©vĂšre que le lac de Thun. Il est encaissĂ©, au nord et au midi, entre deux montagnes noirĂątres qui ne prĂ©sentent que peu de traces de vĂ©gĂ©tation. Souvent mĂȘme le pied de ces montagnes baigne dans le lac, en sorte que, sauf quelques rares exceptions, on ne voit sur ses bords ni champs, ni prairies, ni maisons de campagne. Le lac de Brientz est, dit-on, un des plus profonds de la Suisse. Nous prĂźmes ensuite une'de ces petites voitures du pays , qu’on appelle char de cĂŽtĂ©, pour nous rendre Ă  Meyringen. Nous parcourĂ»mes un pays fort agrĂ©able , et bientĂŽt nous arrivĂąmes Ă  la dĂ©licieuse vallĂ©e de Hasli, dans laquelle se trouve Meyringen. Nous 260 rencontrions souvent des champs plantĂ©s de pommiers , qui nous rappelaient notre Normandie et nous faisaient grand plaisir Ă  voir. De tous cĂŽtĂ©s nous apercevions de belles habitations, de riches vergers et une foule de tableaux gracieux et riants qui faisaient contraste avec les sombres rochers qui bordaient l’horizon. Un peu Ă  droite de Meyringen est le Reichen- bach-, dont les eaux font marcher une scierie. Nous allĂąmes visiter cette belle cascade. Le Rei- chenbach s’élance avec une violence inexprimable et un bruit sourd semblable au tonnerre ; il tombe d’abord sur un rocher plat oĂč ses eaux s’étendent et d’oĂč il retombe en large cascade au fond d’un gouffre dont on n’envisage qu’en tremblant la profondeur. Le volume d’eau est plus considĂ©rable qu’au Giessbach ; et cependant nous avons prĂ©fĂ©rĂ© cette derniĂšre cascade , parce qu’il y rĂšgne moins de confusion, que les tableaux sont plus variĂ©s , et que la position d’ailleurs est plus pittoresque. Meyringen est un grand village oĂč on trouve beaucoup d’anciennes maisons suisses; mais le marteau des dĂ©molisseurs y a commencĂ© ses ravages , et dans quelques annĂ©es les beaux et anti- 261 ques chalets seront tous remplacĂ©s par des maisons modernes. Il nous restait Ă  franchir le mont Brunig, qui nous sĂ©parait de Lungern. Nous nous procurĂąmes Ă  cet effet des chevaux et un guide Ă  Mey- ringen. Nous suivĂźmes d’ahord un chemin fortagrĂ©able, pratiquĂ© dans une foret de grands hĂȘtres et de sapins qui nous garantissaient contre les ardeurs du soleil. Nous montions insensiblement, et la premiĂšre Ă©claircie nous laissa voir, Ă  gauche, Ă  une assez grande profondeur, de riantes prairies ; et Ă  droite, le Weilerhorn , qui s’élĂšve au-dessus du Brunig, dans la forme d’un mur taillĂ© Ă  pic. Le Weilerhorn me rappela , sous certains rapports , le MarborĂ© que j’avais vu, trois ans auparavant , dans les PyrĂ©nĂ©es, et qui enceint si majestueusement le cirque de Gavarnie. Mais le Weilerhorn se prolonge en droite ligne, et n’a pas la forme semi-circulaire du MarborĂ© , ses cinq ou six Ă©tages de terrasses, qui sont comme les gradins d’un cirque immense, et, par-dessus ces terrasses, le Daillon , qui protĂšge de sa cime audacieuse cette architecture gigantesque. Il 262 manque encore au Weilerhorn celte cascade de mille deux cent soixante-six pieds d’élĂ©vation , qui , vers les deux cinquiĂšmes de sa chute, rencontrant une roche saillante, se brise , rejaillit et tombe dans le cirque de Gavarnie en vapeurs d’une blancheur Ă©clatante-, et surtout cette brĂšche de Roland, d’un effet si grandiose, ouverte dans la montagne du MarborĂ© par le paladin Roland , d’un seul coup de sa terrible Ă©pĂ©e, si l’on en croit une des traditions les plus audacieuses de cette poĂ©tique contrĂ©e. Aussi, quelque imposant que soit le Weilerhorn, il est bien loin d’exciter cet enthousiasme qui saisit tous les voyageurs Ă  la vue du MarborĂ© et du cirque de Gavarnie. bientĂŽt nous aperçûmes, dans une seconde Ă©claircie, le lac de Rrientz et une grande partie de la vallĂ©e deHasli. Cette vue est trĂšs-belle. Le pays devint plus sauvage. Nous marchions souvent sur un sol rocailleux couvert de mousse. De temps en temps nous rencontrions de petits oasis cultivĂ©s oĂč poussaient l’herbe et quelquefois les pommes de terre. Ils Ă©taient entourĂ©s par une haie de bois sec, renfermaient une ou deux vaches, et plus souvent des chĂšvres et quelque moutons. Au milieu se trouvait un petit chalet Ă  peine 265 suffisant pour garantir le gardien et les animaux contre les rigueurs de la tempĂ©rature. Nous Ă©tions alors Ă  deux mille pieds environ au-dessus du lac de Brientz , mais la journĂ©e Ă©tait si chaude et si belle que nous nous apercevions Ă  peine que l’air Ă©tait rarĂ©fiĂ©. En approchant du point le plus Ă©levĂ© du passage , nous trouvĂąmes une maison de pĂ©age oĂč nous payĂąmes une petite rĂ©tribution destinĂ©e, nous dit-on, Ă  indemniser les ouvriers qui rendent la route praticable pour les piĂ©tons et les chevaux. Nous arrivĂąmes enfin au sommet du Brunig , et alors le lac de Brientz et la vallĂ©e de Hasli se dĂ©ployĂšrent en entier Ă  nos regards vĂ©ritablement enchantĂ©s. En descendant vers Lungern le paysage nous parut aussi pittoresque, mais moins sĂ©vĂšre. La chaĂźne du Vcilerhorn nous serrait de moins prĂšs, et Ă  droite et Ă  gauche de la route des arbres remarquables par leur belle venue et leur hauteur prodigieuse dĂ©robaient Ă  la vue les aspĂ©ritĂ©s des rochers. A la moitiĂ© de la descente nous trouvĂąmes un passage trĂšs-difficile et trĂšs-escarpĂ©, ressemblant 264 plutĂŽt Ă  une rampe d’escalier qu’à une route, et oĂč les chevaux pouvaient Ă  peine tenir pied. Nous le franchĂźmes sans accident. Nous apercevions des vallons et des collines couverts de la verdure la plus fraĂźche ; en face de nous, dans la vallĂ©e, le joli village de Lungern , lieu de notre destination , et un peu plus loin le petit lac de LungernsĂ©e. Le soleil alors se couchait et jetait sur le paysage des flots de pourpre et d’or. Nous avions sous les yeux une nature riche et cultivĂ©e qui formait le plus heureux contraste avec les lieux arides que nous venions de parcourir; aucune maison moderne ne nous gĂątait cette belle partie de la Suisse, les paysans et les paysannes que nous rencontrions Ă©taient vĂȘtus de l’ancien costume suisse. En arrivant Ă  l’auberge du Soleil, Ă  Lungern, nous vĂźmes Ă  la porte des voyageurs allemands que nous avions dĂ©jĂ  rencontrĂ©s Ă  Interlacken, mais qui, au lieu de franchir le Brunig , avaient pris la route de la vallĂ©e, route beaucoup plus facile mais moins pittoresque. Sur la description que nous leur fĂźmes du Brunig, ils regrettĂšrent beaucoup de ne pas nous avoir imitĂ©s. Ils nous 265 donnĂšrent pour motif l’ñge avancĂ© du chel'de la famille, M. K_, conseiller intime du roi de Pi ‱usse. Il avait dĂ©sirĂ© revoir, avant de mourir, la Suisse, qu’il avait visitĂ©e dans sa jeunesse, mais il Ă©vitait autant que possible les fortes fatigues. Sa famille se composait de sa femme , encore assez jeune, de leurs deux filles et d’une dame de compagnie. Le conseiller et sa femme comprenaient peu le français, mais la dame de compagnie et les jeunes filles le parlaient sans aucun accent. Cette sociĂ©tĂ© nous plut beaucoup. Nous n’eĂ»mes avec le conseiller et sa femme qu’un Ă©change de politesses et de propos obligeants, que les jeunes filles reportaient des uns aux autres, aprĂšs les avoir traduits ; mais avec ces derniĂšres et leur dame de compagnie nous fĂźmes presque connaissance. J’annonçai Ă  ces voyageurs que nous n’allions que passer Ă  Lungern, et que nous irions coucher Ă  Alpnach. Il n’y a pas de voiture ce soir , nous dit une des jeunes filles en riant. Notre hĂŽte nous tient prisonniĂšres ici jusqu’à demain matin , et le meme sort vous attend. » C’est que vous n’avez pas insistĂ©, rĂ©pondis-je ; 266 je suis sĂ»r qu’il cĂ©dera Ă  nos justes demandes. J’allai aussitĂŽt le trouver. C’était bien la meilleure figure de Suisse qu’on pĂ»t rencontrer mĂ©lange tout Ă  la fois de bonhomie et de finesse. Il me dit, avec force salutations et un aplomb imperturbable , que ses voitures et ses chevaux ; Ă©taient en voyage, mais que le lendemain, Ă  cinq ' heures du matin, conducteur, cheval et voiture ‱ ... * seraient Ă  notre disposition. C’était exactement la rĂ©ponse qu’il faisait Ă  tous les voyageurs qui tĂ©moignaient le dĂ©sir de ' se remettre de suite en route. En un mot, notre hĂŽte, qui n’était pas gĂątĂ© par le passage trop frĂ©quent des Ă©trangers, voulait absolument nous donner Ă  dĂźner et Ă  coucher. Comme nous Ă©tions Ă  sa discrĂ©tion, je me gardai bien de lui faire sentir que j’avais pĂ©nĂ©trĂ© ses combinaisons. Nous prĂźmes gaĂźment notre i parti, et nous mĂźmes le temps Ă  profit en visitant ’ Lungern. I Nous voilĂ  donc au centre de la Suisse, dans le canton d’Unterwalden, dans la patrie de Guillaume Tell. Notre hĂŽte est sorti ce matin avec moi pour me faire voir les chalets du village , 267 qui sont remarquables par leur beautĂ©. Presque tous sont dĂ©corĂ©s extĂ©rieurement de peintures qui rappellent toujours un trait d’histoire de la Suisse. J’avoue que tous ces hĂ©ros ont de singuliĂšres figures. Qu’importe? aprĂšs tout. Pour les habitants de Lungern, ce sont les actions de Guillaume Tell, d’Arnold de Melchtal, de Winkel- ried et d’autres hĂ©ros suisses qui revivent dans ces grossiĂšres images. Elles servent de texte Ă  leurs narrations durant leurs longues soirĂ©es d’hiver ; elles les excitent Ă  l’amour de leur indĂ©pendance , les encouragent Ă  la dĂ©fense de leurs droits. Les fresques du Vatican, peintes par RaphaĂ«l et Michel-Ange, n’ont peut-ĂȘtre jamais produit autant d’effet sur les Romains modernes. J’ai appris que la vallĂ©e de Lungern n’était qu’aux deux tiers de la descente du Brunig Ă  Sarnen , et qu’aprĂšs avoir suivi cette vallĂ©e pendant plusieurs lieues, nous aurions une nouvelle cĂŽte Ă  descendre pour entrer dans la vallĂ©e de Sarnen. Notre hĂŽte nous a procurĂ© une petite voiture pour faire ce trajet. Avant de prendre congĂ© de lui , je dois dire que nous n’eĂ»mes point sujet 268 de regretter notre sĂ©jour forcĂ© Ă  Lungern. Nous fĂ»mes assez bien traitĂ©s, et Ă  un prix modĂ©rĂ©. En sortant de Lungern nous avons trouvĂ© le lac de LungernsĂ©e, que nous avons cĂŽtoyĂ© pendant assez longtemps. Sur les deux rives de ce lac nous ne voyions ni rocs dĂ©charnĂ©s, ni glaciers , ni montagnes de neige , mais partout des formes arrondies et gracieuses , des collines couvertes de verdure. Nous arrivĂąmes ainsi Ă  la descente rapide dont nous avait prĂ©venu notre hĂŽte de Lungern. On l’a rendue praticable pour les voitures au moyen de rampes qui ont Ă©tĂ© creusĂ©es dans les flancs de la montagne. Nous la parcourĂ»mes donc sans aucun obstacle sĂ©rieux. D’abord nous rencontrĂąmes une forĂȘt de gros arbres d’une prodigieuse hauteur. PI us loin la forĂȘt fit place Ă  de beaux pĂąturages en pente plus ou moins rapide, sur lesquels se trouvaient dissĂ©minĂ©s des chĂąlets et de nombreux troupeaux, et au delĂ  nous commençùmes Ă  apercevoir la belle vallĂ©e de Sarnen. Le pays nous semble encore plus beau qu’à notre arrivĂ©e Ă  Lungern. Il est aussi plus peuplĂ© , plus vivant. Sur les montagnes, couvertes de verdure, qui s’élĂšvent des deux cĂŽtĂ©s de la vallĂ©e. 269 nous distinguons une foule de jolies maisons et des groupes pittoresques de grands arbres. La scĂšne est animĂ©e par des troupeaux de vaches et i de chĂšvres qui, en marchant, font rĂ©sonner d’énormes grelots suspendus Ă  leur cou. Des habitants , vĂȘtus de l’ancien costume suisse, nous accueillent avec un sourire doux et affectueux. Tout, en un mot, donne Ă  cette belle contrĂ©e un caractĂšre vraiment pastoral. C’est Ă  Lungern et dans la vallĂ©e de Sarnen, et lĂ  seulement, que j’ai retrouvĂ© la Suisse telle que nous la dĂ©peignent les anciens historiens. Nous suivĂźmes une route qui est sur la droite de la vallĂ©e, et presque toujours ombragĂ©e par de beaux arbres. Nous laissĂąmes Ă  notre gauche l’église de Sarnen, qui, vue de loin, nous parut jolie. Nous cĂŽtoyĂąmes le lac de Sarnen, qui est beaucoup plus grand que celui de LungernsĂ©e, et dont les bords sont tapissĂ©s de riantes habi-> tĂątions. Tout Ă©tait calme autour de nous, et nous jouissions dĂ©licieusement de l’aspect d’un beau pays, quand des coups de tonnerre nous annoncĂšrent l’approche d’un orage. Le vent siffla, les eaux du lac se soulevĂšrent, et en moins de temps 270 peut-ĂȘtre que je ne mets Ă  l'Ă©crire, un orage Ă©clata sur nos tĂȘtes et nous inonda d’un dĂ©luge de pluie. Ce sont les inconvĂ©nients de la Suisse ; le temps y est extrĂȘmement variable ; les hautes montagnes dont vous ĂȘtes environnĂ© ne vous permettent pas de voir venir les orages , et vous ĂȘtes surpris par un brusque changement de temps au moment oĂč vous cherchiez Ă  vous dĂ©fendre des rayons du soleil. Nous arrivĂąmes enfin Ă  Alpnach , sur le lac de Lucerne, ou des Waldstetten, ou des Qualre- Cantons, noms dont on se sert indiffĂ©remment pour dĂ©signer ce beau lac. Alpnach est situĂ© au fond d’une des quatre haies principales formĂ©es par le lac de Lucerne. Ce lac figure assez bien une croix dont Lucerne serait la tĂȘte , et Alpnach et Kussnach les deux bras. La baie d’Alpnach est resserrĂ©e entre deux hautes montagnes. Elle s’élargit Ă  mesure qu’on avance au milieu du lac. Quand on a passĂ© Win- kel, il faut tourner Ă  gauche pour aller gagner Lucerne. On se trouve alors assez prĂšs du mont Pilate, qui domine toute cette partie du lac. J’ai profitĂ© du court sĂ©jour que j’ai fait Ă  Alp- 271 nach pour visiter son Ă©glise, qui m’a semblĂ© fort ancienne, et oĂč j’ai remarquĂ© des ornements sculptĂ©s en bois d’un curieux travail. On nous avait fait espĂ©rer qu’à Alpnach nous trouverions un bateau Ă  vapeur pour nous rendre Ă  Lucerne. Ce bateau Ă©tait passĂ© il y avait plusieurs heures, et nous fĂ»mes obligĂ©s de nous contenter d’une barque conduite par quatre rameurs. Pendant qu’on disposait la barque nous entrĂąmes Ă  l’hĂŽtel du Cheval-Blanc, sur le lac. Nous fĂ»mes agrĂ©ablement surpris d’y retrouver la famille du conseiller K., qui nous avait devancĂ©s. Elle attendait, comme nous, le moment de s’embarquer pour Lucerne. Les deux jeunes fdles regardaient d’un air peu rassurĂ© la barque qu’on prĂ©parait. La salle Ă©tait pleine de monde, et la plus jeune fille surtout paraissait se demander avec inquiĂ©tude si tout ce monde, quelle comptait du bout du doigt, trouverait place sur le frĂȘle esquif. Quand son doigt fut dirigĂ© vers nous elle nous reconnut et nous montra Ă  sa sƓur. Elles vinrent aussitĂŽt nous souhaiter la bien-venue et nous firent part de leurs craintes. Nous les rassurĂąmes. Le bateau Ă©tait grand. Il 272 Ă©tait conduit par quatre rameurs qui devaient savoir ce qu’il pouvait porter, et sans doute qu’on Ă©viterait de le surcharger. Je me trompais. Les malheureux nous entassĂšrent au nombre de dix- sept dans une barque qui avait Ă©tĂ© faite pour douze ou au plus quatorze passagers. Cependant, comme le temps paraissait redevenu beau et que les bords du lac n’étaient pas agitĂ©s, nous nous mĂźmes en route sans trop d’apprĂ©hension. Quand nous fĂ»mes sortis de la baie d’Alpnach et que nous nous trouvĂąmes dans la direction de Lucerne, le temps changea pour la seconde fois depuis le matin, et le tonnerre se fit entendre de nouveau. Les vagues s’agitĂšrent et le bateau Ă©prouva de tels soubresauts que nos bateliers, malgrĂ© leur assurance, jugĂšrent prudent de changer de route et de se diriger vers la terre, qui heureusement n’était pas Ă©loignĂ©e. Nous gagnĂąmes une petite anse et nous nous mĂźmes Ă  l’abri sous une espĂšce de mauvais hangard. Pendant ce temps l’orage redoublait de violence, avec accompagnement d’éclairs, de tonnerre et de grĂȘle. Les pauvres jeunes filles me regardaient d’un air presque fĂąchĂ© et semblaient ' me reprocher l’assurance que je leur avais don- 275 nĂ©e. Je leur montrai l’horizon , qui Ă©tait dĂ©jĂ  Ă©clairci, les nuages noirs disparaissant derriĂšre le mont Pilate, et un magnifique arc-en-ciel annonçant le retour du beau temps. Cette fois les espĂ©rances que j’avais donnĂ©es ne furent pas trompĂ©es. Le temps redevint tout Ă  fait beau, et nous eĂ»mes jusqu’à Lucerne un ciel sans nuages. Le lac Ă©tait bien encore un peu agitĂ© ; mais les jeunes filles, qui avaient eu la preuve de l’habiletĂ© et de la prudence des bateliers , les voyant ramer vigoureusement sans aucune prĂ©occupation , en tirĂšrent avec raison la consĂ©quence que le danger Ă©tait passĂ© ; elles reprirent toute leur assurance et finirent par rire aux Ă©clats de leur frayeur. Pendant ce temps j’examinais avec attention le lac de Lucerne. C’était la premiĂšre fois que j’avais la vue de ce beau lac, et je ne puis vous exprimer tout le plaisir qu’il me faisait Ă©prouver. Ses bords, fermĂ©s par de hautes montagnes et d’immenses blocs de granit dans la baie d’Alp- nach, s’abaissaient Ă  mesure que nous approchions de Lucerne, et se couvraient sur les deux rives de riantes habitations, de charmantes maisons de campagne, qui descendaient jusqu’au lac 18 * 274 par une pente plus ou moins rapide. Au-dessus on apercevait cette longue suite de montagnes qui entourent le lac, et dont les plus Ă©levĂ©es sont le mont Rigi et le mont Pilate. Ce spectacle Ă©tait tout Ă  la fois gracieux et sublime. Mais le bateau s’avançait toujours vers Lucerne , dont on commençait Ă  apercevoir les flĂšches pointues. Le soleil dardait sur nous avec force ses rayons, qui se reflĂ©taient dans les eaux bleues du lac. La chaleur Ă©tait devenue tout Ă  coup suffocante , et pourtant nous la supportions avec plaisir, car plusieurs d’entre nous avaient Ă©tĂ© plus ou moins atteints par la pluie, et trouvaient doux de se sĂ©cher aux feux du soleil. Enfin nous arrivĂąmes Ă  Lucerne, et nous abordĂąmes sur le quai, en face de l’hĂŽtel du Cygne, oĂč nous descendĂźmes. CINQUIEME PARTIE LUCERNE. LE RiGI. — RETOUR A BALE. CHAPITRE 1. Lucerne. — Ponts. — Église». — CloĂźtre. — Arsenal. — Lion de Thorwaldscn. Ce matin j’ai Ă©tĂ© rĂ©veillĂ© par le soleil, qui donnait dans notre chambre. Ne vous Ă©tonnez pas si je vous parle si souvent du soleil. En voyage, quand la chaleur est modĂ©rĂ©e, c’est un ami bien prĂ©cieux, surtout au bord des lacs et des riviĂšres. Les brouillards, les orages, le sifflement des vents 278 peuvent figurer avec avantage dans une description poĂ©tique qu’on lit le soir, au coin d’un bon feu, mais en voyage, c’est la chose du monde la plus dĂ©testable. Malheureusement, depuis plusieurs jours, quoique dans la plus chaude saison de l’annĂ©e, nous avions Ă©tĂ© trop souvent appelĂ©s Ă  en faire l’expĂ©rience. Nous habitons une chambre d’oĂč la vue est admirable. Dans le lointain nous apercevons, Ă  gauche, le mont Rigi, et Ă  droite , le mont Pilate ; sous nos fenĂȘtres, le mouvement du port de Lucerne, et, quelques pas plus loin, son beau lac, dĂ©jĂ  sillonnĂ© par une foule d’embarcations. Je me suis mis de bonne heure Ă  parcourir la ville. A dix heures du matin, je m’étais dĂ©jĂ  assez bien rendu compte de sa position. J’avais reconnu sa division en deux parties la grande et la petite ville. J’avais visitĂ© plusieurs de ses ponts, qu’on pourrait aussi bien appeler des galeries de bois bĂąties sur pilotis. Deux surtout mĂ©ritent une mention particuliĂšre le pont de la Chapelle , ayant 320 mĂštres de long, et dĂ©corĂ© de peintures sur bois reprĂ©sentant des Ă©pisodes tirĂ©s des temps hĂ©roĂŻques de la Suisse ou de la vie des 279 deux patrons de la ville, saint LĂ©ger et saint Maurice ; et le pont du Hof, ayant 450 mĂštres de long , ornĂ© de 238 peintures sur bois, reprĂ©sentant des sujets tirĂ©s de l’ancien et du nouveau Testament. Ces deux ponts sont couverts. Les peintures qui les dĂ©corent sont d’affreuses croĂ»tes ; mais quand on pense qu’elles sont lĂ  depuis quatre ou cinq cents ans, que rien ne les dĂ©fend contre les passants , et que cependant elles n’ont subi d’autres outrages que ceux du temps, on ne peut s'empĂȘcher de les voir avec intĂ©rĂȘt, j’allais presque dire avec respect. Nous avons ensuite visitĂ© L’église de Saint-LĂ©ger, au Hof, remarquable par son antiquitĂ©, puisqu’elle fut fondĂ©e en 695. On nous a fait voir, dans le chƓur, un fort beau tableau, peint par Lanfranc. 11 reprĂ©sente le Christ au mont des Oliviers. La grille du chƓur est Ă©galement digne d’attention. Un cloĂźtre, d’oĂč l’on a une vue admirable , et qui sert de sĂ©pulture aux principales familles du canton de Lucerne. J’ai toujours aimĂ© ces sĂ©pultures de famille prĂšs des Ă©glises, des lieux oĂč se rassemblent les populations. Cette rĂ©union a quelque chose de touchant, qui me 280 plaĂźt, qui me va au cƓur. Il me semble qu’une des craintes qu’on doit avoir en mourant, c’est d’ĂȘtre oubliĂ© vite, et n’est-ce pas une consolation de pouvoir se dire Quand mes enfants iront Ă  l’église ils passeront prĂšs de mon tombeau, et donneront un souvenir et un regret Ă  ma mĂ©moire. L’église et le couvent des Franciscains. Nous avons vu dans le chƓur un beau tableau, reprĂ©sentant saint Antoine, et, dans la nef, des peintures assez grossiĂšrement faites, figurant les banniĂšres conquises par les anciens Lucernois. Ces derniĂšres peintures m’ont nĂ©anmoins fait plaisir, comme souvenir historique. Nous avons fini par l’arsenal, oĂč l’on nous a montrĂ© la cotte de mailles que portait LĂ©opold d’Autriche Ă  la bataille de Sempacli, oĂč il fut tuĂ©, le 9 juillet 1386. Il est Ă  observer que ce duc LĂ©opold Ă©tait petit-fils d’un autre duc du mĂȘme nom qui, soixante-onze ans auparavant, avait perdu la bataille de Morgarten, aussi contre les Suisses. Dans l’intĂ©rieur de la ville nous avons remarquĂ© plusieurs tours fort anciennes. Sur l’une d’elles est peinte une Ă©norme figure de gĂ©ant. En gĂ©nĂ©ral, les monuments et les maisons ont un caractĂšre de moyen Ăąge qui fait contraste avec les nouvelles constructions qu’on Ă©lĂšve de toutes parts dans la ville. Pour mon goĂ»t personnel , j’aimerais mieux que chaque localitĂ© s’étudiĂąt Ă  conserver en toutes choses son type national. Il nous restait Ă  voir la merveille de Lucerne. On m’avait beaucoup vantĂ©, Ă  Berne , le lion de Thorwaldsen. Je ne sais si vous avez appris que Lucerne s’enorgueillit d’avoir comptĂ© au nombre de ses enfants plusieurs des Suisses qui dĂ©fendirent courageusement, le 10 aoĂ»t 1792, le chĂąteau des Tuileries contre les hordes de Danton, et scellĂšrent de leur sang leur fidĂ©litĂ© au malheureux Louis XYI. Un citoyen de Lucerne, M. de Pfyffer, a voulu consacrer Ă  la mĂ©moire de ses compatriotes un monument digne de leur belle action. Il y a rĂ©ussi d’une maniĂšre aussi neuve que grandiose. Il a demandĂ© au cĂ©lĂšbre Thorwaldsen le modĂšle en plĂątre du monument, et il l’a fait tailler par un jeune sculpteur de Constance nommĂ© Ahorn , dans un Ă©norme rocher qui ferme un 282 des cĂŽtĂ©s de son jardin. Il en est rĂ©sultĂ© un monument d’un effet admirable. Rien de plus simple en apparence, et nĂ©anmoins de plus poĂ©tique, que l’idĂ©e qui a inspirĂ© l’artiste. Un lion percĂ© d’une lance expire en couvrant de son corps un bouclier ornĂ© de fleurs de lis. Au-dessus de la grotte on lit l’inscription suivante Helveliorum fidei ac virtuti. L’expression du lion mourant est sublime. C’est le plus fier courage uni Ă  la plus parfaite rĂ©signation. Ce monument fait honneur au citoyen et Ă  l’artiste. Revenu Ă  l’hĂŽtel, j’ai assistĂ© pour la premiĂšre fois Ă  une longue discussion sur la question qui divise aujourd’hui la Suisse, la question des JĂ©suites 5 et je vous avoue que cette question a pris sur-le-champ Ă  mes yeux des proportions beaucoup plus grandes que je ne m’y attendais. Le canton de Lucerne a appelĂ© des jĂ©suites pour leur confier la direction d’un sĂ©minaire, et peut-ĂȘtre plus tard de l’éducation publique. D’autres cantons demandent que Lucerne 285 soit forcĂ© de renvoyer les JĂ©suites , sous prĂ©texte que leur prĂ©sence menace la tranquillitĂ© publique et mĂȘme la sĂ»retĂ© intĂ©rieure de la Suisse. Tel est, en abrĂ©gĂ©, l’état de la question. Elle Ă©tait dĂ©battue en ce moment devant moi par deux interlocuteurs qui y mettaient une extrĂȘme chaleur et presque de l’animositĂ©. On me dit que c’étaient deux beaux-frĂšres, dont l’un Ă©tait catholique et l’autre protestant. Cela me fit peur; je crus presque ĂȘtre revenu au temps des guerres de religion. Ecoutez l’un La souverainetĂ© des cantons est la base mĂȘme du pacte fĂ©dĂ©ral. En vertu de ce droit souve- rain, Lucerne est bien le maĂźtre de recevoir sur son territoire qui bon lui semble. La diĂšte fĂȘte dĂ©rale, il est vrai, a le droit de prendre des mesures pour rĂ©primer les actes d’un canton qui troubleraient la tranquillitĂ© publique de la Suisse, mais non pour prĂ©venir des troubles qui n’existent pas, et qui peut-ĂȘtre n’arriveront jamais. Si la diĂšte donne l’exemple du mĂ©pris de cette loi fondamentale et intervient dans le gouvernement du canton, non pas pour rĂ©pri~. mer, mais pour prĂ©venir, il y a violation du pacte fĂ©dĂ©ral, il n’y a plus de souverainetĂ© can- tonale. Or, qui se plaint dans Lucerne des JĂ©suites ? Par quels actes ont-ils attentĂ© Ă  la paix de la confĂ©dĂ©ration Suisse ? Quel trouble y a apportĂ© leur prĂ©sence? N’est-ce pas une dĂ©rision de prĂ©tendre qu’ils menacent la sĂ»retĂ© intĂ©rieure de la Suisse? » Entendez l’autr Le pacte fĂ©dĂ©ral, tout en reconnaissant la souverainetĂ© des cantons, contient un arti- cle 8, qui donne Ă  la diĂšte le droit de prendre toutes les mesures que rĂ©clame la sĂ»retĂ© intĂ©- rieure de la Suisse. Or, cette sĂ»retĂ© est incom- patible avec la prĂ©sence des JĂ©suites. En effet, ils ont pour but principal l’extirpa- tion du Protestantisme, qui est la religion d’une grande partie de la Suisse, ce qui les met en Ă©tat d’hostilitĂ© permanente avec cette partie du pays. Ils n’ont ni famille ni patrie , et ils recoi- vent les ordres d’un souverain Ă©tranger, d’un gĂ©nĂ©ral rĂ©sidant Ă  Rome, auquel ils doivent une obĂ©issance aveugle. N’est-ce pas lĂ  une cause suffisante d’alarmes. Le pĂšre de famille attend- il, pour prendre des prĂ©cautions contre le feu , que s maison soit en flammes ? » Je vous ai rapportĂ© fidĂšlement les arguments j pour et contre. La question est scabreuse. Je crois cependant que le droit est en faveur de Lucerne, ! attendu qu’il n’y a pas en Suisse de lois contre les JĂ©suites. Dieu veuille seulement que cette controverse n’amĂšne pas des orages , et qu’elle ne se traduise pas bientĂŽt en coups de fusil et en sanglantes collisions! CHAPITRE II. Voyage au Rigi, 4 aoĂ»t. Ce matin, Ă  cinq heures, nous nous sommes embarquĂ©s sur le bateau Ă  vapeur qui conduit de Lucerne Ă  FluĂ«len. ArrivĂ©s en face de Weggis , nous avons Ă©tĂ© recueillis par une barque qui nous a dĂ©posĂ©s Ă  ce dernier village. 287 Nous avons pris Ă  Weggis des chevaux et un guide pour monter au Rigi. Nous nous sommes mis en route Ă  sept heures j du matin, par un ciel pur et un soleil d’aoĂ»t, et immĂ©diatement nous avons commencĂ© Ă  monter. ! i Nous avons suivi d’abord de jolis sentiers prati- ; quĂ©s entre deux haies et ombragĂ©s de grands j arbres. Des deux cĂŽtĂ©s du chemin Ă©taient de charmants vergers plantĂ©s de chĂątaigniers, de ! pommiers et autres arbres Ă  fruits. La montagne j garantit ces vergers du vent du nord , ce qui explique comment ils peuvent produire des plantes qui appartiennent Ă  un climat plus chaud. Aux vergers ont succĂ©dĂ© des pĂąturages , puis ensuite des rochers escarpĂ©s , dans les flancs desquels Ă©tait taillĂ©e la route que nous parcourions. Partout sur notre chemin nous rencontrions d’admirables points de vue. Nous avions Weggis et ses dĂ©licieux environs Ă  nos pieds ; nous dominions le lac des Quatre-Cantons, et en face de nous , sur l’autre bord du lac, nous apercevions Winkel au pied du mont Pilate. A mesure que nous nous Ă©levions , la vue s’étendait. Nous trouvions toujours , dans les lieux oĂč elle Ă©tait la plus 288 belle, des bancs prĂ©parĂ©s pour la commoditĂ© des voyageurs. AprĂšs avoir passĂ© l’ermitage et la chapelle de Sainte-Croix, la route est devenue excessivement rapide. Nous sommes arrivĂ©s*Ă  une espĂšce de , porte fermĂ©e par quatre blocs Ă©normes, entre \ lesquels nous avons passĂ©. Nos chevaux pouvaient ‱ Ă  peine tenir pied , tant le roc sur lequel ils mar- chaient Ă©tait escarpĂ© et glissant. ' Nous trouvions de distance en distance, sur le bord du prĂ©cipice , des petites croix qui indiquaient , nous a dit notre guide, des stations de pĂšlerinage. Sans cette explication, je les aurais prises, d’aprĂšs un usage assez gĂ©nĂ©ralement suivi dans les montagnes , pour l’indication de quelque horrible chute arrivĂ©e Ă  ces mĂȘmes places. La route a tournĂ© ensuite Ă  gauche et s’est enfoncĂ©e plus avant dans la montagne, oĂč nous avons rencontrĂ© de nouveau des pĂąturages. Un j joli vallon s’est offert Ă  notre vue. C’est lĂ  que se trouvent l’hospice et la chapelle de Notre-Dame- des-Neiges , lieu de pĂšlerinage trĂšs-frĂ©quentĂ©. Nous avons atteint ensuite l’auberge de Staffel, oĂč beaucoup d’étrangers passent une partie de la belle saison. 289 De Staffel au Kulm, qui est le sommet du Rigi, le chemin longe presque toujours le bord de la montagne, en sorte que nous avions une trĂšs-belle vue sur une partie des petits cantons, vue qui s’étendait Ă  mesure que nous avancions vers le Kulm. Une fois arrivĂ©s au Kulm, un admirable panorama se dĂ©roula sous nos yeux. Jamais rien d’aussi beau n’avait encore frappĂ© nos regards. De quelque cĂŽtĂ© qu’ils se dirigeassent, ils rencontraient un horizon immense, qui s’étendait sur une suite de hautes montagnes couvertes de neige, de plaines ondulĂ©es et de beaux lacs. Pour vous en donner une idĂ©e, je me contenterai de vous dire que du Rigi nous apercevions trĂšs-distinctement le lac de Zurich, Ă  une distance de dix-huit lieues. Quand la vue se portait moins loin, elle rencontrait, en face de nous, les cantons de Schwitz , Underwald, Uri etZug, autrement nommĂ©s les petits cantons ; en tournant Ă  droite, Art au pied du Ruffiberg, les ruines de Goldau, le lac de Lowerz, et derriĂšre nous le lac des Quatre-Cantons, qui, bien qu’il fĂ»t Ă©loignĂ© de deux lieues, paraissait si prĂšs, qu’il semblait Ă  la distance d’une portĂ©e de fusil. 19 290 Dans ce magnifique panorama , ce qui me fit le plus de plaisir, me parut le plus fĂ©erique, le plus miraculeux, fut la vue des petits cantons. Songez que nous nous trouvions sur un point culminant, Ă  une hauteur verticale de prĂšs d’un tiers de lieue au-dessus des petits cantons qui ; Ă©taient Ă  nos pieds, et que, de cette hauteur, ! quand les nuages ne venaient pas s’interposer entre la terre et nous, nous pouvions distinguer J parfaitement les villages , les flĂšches des Ă©glises, j les champs, leurs sĂ©parations par des haies , les j maisons, jusqu’à leurs contrevents verts, et ces " beaux lacs qui brillaient comme des nappes d’ar- f gent au milieu de toute cette verdure. La contrĂ©e j i nous paraissait riche, populeuse, cultivĂ©e avec j soin. Les maisons Ă©taient blanches , propres, ; bien bĂąties. Quand un nuage venait se placer entre la terre et nous , il arrivait quelquefois qu’il se partageait, et qu’il s’y faisait une Ă©claircie par laquelle nous avions sur les petits cantons une vĂ©ritable vue d’optique. Je ne puis vous exprimer le charme et la singularitĂ© de ce spectacle. Je vous ai parlĂ© des ruines de Goldau. Je vous dois Ă  cet Ă©gard quelques explications. ; 291 Au-dessus d’Art et sur la pente du Ruffiberg , on aperçoit du Rigi-Kulm une contrĂ©e Ăąpre et sauvage , qui fait contraste avec ce qui l’entoure, et est couverte d’énormes blocs de rochers jetĂ©s le long de la montagne, depuis son sommet jusqu’à sa base, baignĂ©e par le lac deLowerz. Au milieu de ces rochers on distingue encore, le long du lac, quelques cheminĂ©es de maisons enfouies sous une masse considĂ©rable de dĂ©bris. Ce sont les dĂ©plorables traces d’un affreux Ă©vĂ©nement arrivĂ© le 2 septembre 1806. Dans cette contrĂ©e, aujourd’hui si dĂ©solĂ©e, se trouvaient en \ 806 trois villages populeux , Gol- dau, Busingen et Rothen, placĂ©s sur la pente du Ruffiberg. Le 2 septembre, aprĂšs de longues pluies, une des sommitĂ©s du Ruffiberg se dĂ©tacha de la montagne Ă  cinq heures du soir, se prĂ©cipita avec un fracas Ă©pouvantable jusqu’au fond de la vallĂ©e, ensevelit sous ses Ă©normes dĂ©bris les trois villages O et combla une partie du lac deLowerz; les eaux de ce lac, chassĂ©es de leur lit, franchirent les rives , s’élevĂšrent Ă  une grande hauteur, se l'Ă©pan- dirent dans les campagnes et portĂšrent la dĂ©solation jusqu’à SĂ©ewen. Faut-il ajouter que plus de quatre cents personnes et une quantitĂ© considĂ©- 292 rable d’animaux trouvĂšrent la mort sous ce dĂ©luge de pierres qui les couvre encore aujourd’hui? On ne put arracher Ă  ces dĂ©bris qu’une pauvre vieille femme et une chĂšvre. Toutes les tentatives qu’on fit pour pĂ©nĂ©trer plus avant furent vaines , Et l’avare AchĂ©ron ne lĂącha point sa proie. » Cet Ă©vĂ©nement n’est-il pas horrible ? Le rĂ©cit qui m’en fut fait sur le Kulm, en prĂ©sence mĂȘme des lieux tĂ©moins de ce grand dĂ©sastre , me donna le frisson; je frĂ©mis encore en vous le racontant. On vient de tous les points de la Suisse pour voir sur le Rigi le lever du soleil. Ce spectacle , dit-on , est admirable ; et quand un Ă©tranger arrive Ă  Lucerne dans l’étĂ©, c’est la premiĂšre belle chose qu’on lui conseille d’aller voir. Le lever du soleil sur le Rigi est aussi populaire en Suisse que la chute du Rhin Ă  Schaffouse , les glaciers et les lacs, mais il faut en acheter la vue par beaucoup de fatigues et souvent de tentatives inutiles, Ă  cause des changements de temps et 295 des brouillards. Ces accidents, qui arrivent frĂ©quemment sur le Rigi, y ont privĂ© bien des voyageurs d’un spectacle qu’ils venaient chercher de fort loin. Nous ne pĂ»mes nous dĂ©cider Ă  courir cette chance, et nous fĂźmes nos prĂ©paratifs pour descendre Ă  Weggis. J’avais assez examinĂ© la route en montant pour ĂȘtre certain que le retour serait la partie la plus difficile de notre voyage. Nous nous mĂźmes donc en route Ă  trois heures ; mais alors, pendant que nous jouissions encore sur le Kuhn d’un ciel magnifique, un brouillard Ă©pais enveloppa tout Ă  coup la montagne, Ă  quelques centaines de pieds au-dessous de nous, et nous ne vĂźmes plus que des nuages qui menaçaient de remonter et de nous envelopper. Nous continuĂąmes nĂ©anmoins Ă  descendre. AprĂšs un quart d’heure de marche, nous nous trouvĂąmes au milieu du nuage. Il me parut moins Ă©pais que je ne l’aurais cru d’aprĂšs l’aspect qu’il prĂ©sentait du haut delĂ  montagne. C’était comme un brouillard humide et froid, et deux personnes pouvaient facilement se voir Ă  la distance de trois ou quatre pas. Le plus grand inconvĂ©nient qui en rĂ©sultait pour nous, Ă©tait que les chevaux ne 294 lenaienl pas pied sur le roc* humide , ce qui nous forçait Ă  marcher plus lentement et Ă  redoubler de prĂ©cautions. Pendant plus d’une heure nous fĂ»mes dans le brouillard. Il cessa tout Ă  fait quand nous arrivĂąmes Ă  l’ermitage de Sainte-Croix, et nous nous retrouvĂąmes subitement avec un ciel bleu sur nos tĂȘtes, un soleil magnifique, et notre belle vue du matin sur le lac des Quatre-Cantons ,Weggisetses environs. Cette brusque transition, ce bien-ĂȘtre que nous faisaient Ă©prouver la chaleur aprĂšs l’humiclitĂ©, la clartĂ© d’un beau soleil aprĂšs l’obscuritĂ© du brouillard, nous causĂšrent une sensation dont j’essaierais vainement de vous retracer le charme. Tout le reste du voyage jusqu’à Weggis ne fut plus qu’un amusement, malgrĂ© l’extrĂȘme fatigue insĂ©parable d’une course aussi pĂ©nible. En arrivant Ă  Weggis, nous trouvĂąmes , prĂȘt Ă  partir pour Lucerne, un bateau conduit par deux rameurs. Nous nous embarquĂąmes aussitĂŽt , quoique l’aubergiste de Weggis nous eĂ»t averti que la nuit nous prendrait sur le lac. En effet, une lieue avant Lucerne, la nuit arriva, et les bateliers n’eurent plus, pour se diriger 295 sur le lac, que la clartĂ© des Ă©toiles et les feux de Lucerne. Ce fut encore pour nous une derniĂšre , mais dĂ©licieuse sensation , que le spectacle d’une belle nuit, vu au milieu du lac. Le bruit monotone- des rames qui frappaient les eaux en cadence, interrompait seul le silence qui nous environnait. Le balancement du bateau nous invitait presque au sommeil. Nos pensĂ©es erraient du mont Rigi au lac des Quatre-Cantons. Nous admirions leurs accidents si variĂ©s ; nous nous reportions aux Ă©vĂ©nements dont ces lieux avaient Ă©tĂ© tĂ©moins ; nous faisions la revue des siĂšcles passĂ©s ; et, au milieu de cette foule de sensations et de souvenirs , jamais il ne nous vint dans l’idĂ©e de songer aux dangers que nous pouvions courir, la .nuit, dans une frĂȘle barque, sur un lac parsemĂ© d’écueils, et seuls avec des bateliers qui, deux heures auparavant , nous Ă©taient entiĂšrement inconnus. Si ces idĂ©es avaient pu se faire jour un seul instant dans notre esprit, le charme eĂ»t Ă©tĂ© dĂ©truit , et d’une situation heureuse et paisible nous aurions fait une position pleine de malaise et d’inquiĂ©tudes. C’est une nouvelle preuve que, 29G dans la vie, pour ĂȘtre heureux , il ne faut pas trop prĂ©voir. Nous arrivĂąmes enfin au quai de Lucerne , sains et saufs , mais Ă©puisĂ©s de fatigue, et ayant eu Ă  souffrir, tour Ă  tour, pendant cette journĂ©e, du froid, de l’humiditĂ© et de la chaleur. Notre voyage avait durĂ© seize heures, et nous laissait des impressions qui certainement ne s’effaceront jamais de notre mĂ©moire. » CHAPITRE III. DĂ©part de Lucerne. — Lac de Sempach. — SursĂ©e. — Aaran. — Steln. — Rheinfelden. — Angit. — Retour Ă  BĂąle. Nous sommes partis ce [matin de Lucerne Ă  cinq heures, par un temps magnifique. A peine sortis des portes de la ville, nous avons jetĂ© un dernier regard sur le montJRigi et le lac des Quatre-Cantons. Nous avons aussi donnĂ© un regret 298 Ă  Lucerne , ville si bien situĂ©e, si remarquable sous tant de rapports. Nous avons suivi la route de SursĂ©e, qui est fort belle. Les villages que nous traversions Ă©taient gĂ©nĂ©ralement bien bĂątis ; les maisons avaient en- > core la forme des cliĂąlets suisses, mais toutes les t v nouvelles constructions Ă©taient de forme mo- f derne, ce qui nous dĂ©montrait que le gĂ©nie du progrĂšs avait aussi pĂ©nĂ©trĂ© dans ce canton. Des deux cĂŽtĂ©s de la route nous apercevions des prairies ou des champs parfaitement cultivĂ©s ; ce n’était plus la Suisse telle que nous l’avions vue jusqu’alors, avec ses montagnes couvertes de neige , ses rochers escarpĂ©s , ses glaciers , ses bruyantes cascades; mais nous rencontrions des j; plaines fertilisĂ©es par de frais ruisseaux, et oĂč l’on remarquait Ă  peine de lĂ©gĂšres ondulations de terrain , des routes droites et unies plantĂ©es de beaux arbres, des rĂ©coltes de blĂ©, d’avoine et d’orge. 11 est donc incontestable que la Suisse allemande , sous le rapport de la fertilitĂ© des terres et du bien-ĂȘtre qu’elle procure Ă  ses habitants , est la meilleure partie de la Suisse. D’oĂč vient pourtant que peu d’étrangers la visitent et que toutes les sympathies des touristes sont pour les 299 contrĂ©es montagneuses ? En voici, je crois , la cause On ne va en gĂ©nĂ©ral chercher chez les autres que ce qu’on ne trouve pas chez soi or il y a en France et en Europe beaucoup de pays aussi beaux et aussi fertiles que la Suisse allemande , et il n’y a qu’un Oberland et une vallĂ©e de Cha- mouny. La Suisse allemande sera donc encore longtemps, malgrĂ© son heureuse situation, la fertilitĂ© de ses terres et ses sites gracieux, dĂ©laissĂ©e par les poĂštes et les peintres, qui vont surtout chercher en Suisse des inspirations et de fortes Ă©motions. Nous arrivĂąmes sur les bords du beau lac de Sempach , que la route cĂŽtoie pendant quelques, minutes. La vue de ce lac, qui est un de ceux que nous apercevions du haut du Rigi, nous fit grand plaisir. Ses eaux Ă©taient calmes et Ă  peine ridĂ©es par le vent ; ses rives , couvertes de prairies et d’arbres fruitiers, formaient un paysage d’un aspect champĂȘtre et agrĂ©able. Notre conducteur ne manqua pas de nous montrer de loin la chapelle construite Ă  l’endroit mĂȘme oĂč tomba LĂ©opold d’Autriche. C’est Ă  l’extrĂ©mitĂ© septentrionale de ce lac 300 qu’est situĂ©e la petite ville de SursĂ©e, oĂč nous nous arrĂȘtĂąmes pour dĂ©jeuner, et oĂč nous trouvĂąmes les plus grosses Ă©crevisses qu’on nous eĂ»t encore servies en Suisse. De SursĂ©e on voit parfaitement les monts Rigi et Pilate. On a aussi une , trĂšs-belle vue sur les hautes montagnes des cantons d’Uri etd’Unterwald. Cette petite ville, bien bĂątie, et situĂ©e dans une contrĂ©e fort agrĂ©able, nous plut beaucoup. Nous continuĂąmes notre route pour Aarau. Ce fut toujours la mĂȘme suite de beaux villages, de riantes campagnes, de vertes prairies entremĂȘlĂ©es de quelques accidents de terrain. J’avais peine Ă  me croire en Suisse, et, sans les hautes montagnes qui bordaient l’horizon, j’aurais pu aussi bien prendre le pays que nous parcourions pour l’Alsace ou un des dĂ©partements de la France. Enfin , Ă  l’extrĂ©mitĂ© d’une grande plaine, nous aperçûmes Aarau. Nous y arrivĂąmes le soir, \ comme le jour finissait, et nous y passĂąmes la 5 nuit. { J’ai peu de choses Ă  vous dire d’Aarau que je j n’ai fait qu’entrevoir. Cette ville est renommĂ©e ‱ en Suisse par ses filatures, ses ateliers de coutel- lerie, ses manufactures d’indienne et surtout de 301 rubans. Le soir, je me rencontrai dans la salle Ă  manger avec un gros homme, qui, voyant que j’étais Français et que j’arrivais de Paris , me demanda ce qu’on y pensait de la conduite du canton d’Argovie dans la question des jĂ©suites. Ce brave homme croyait que tous les yeux de l’Europe Ă©taient fixĂ©s sur son canton. Je me gardai bien de le dĂ©tromper. Il faut laisser Ă  chacun ses illusions. C’est un des passe-temps, et je dirais presque un des grands bonheurs de la vie. Le lendemain nous nous remĂźmes en route de bonne heure. La contrĂ©e continua Ă  se montrer belle et fertile. Nous arrivĂąmes Ă  Frick, gros bourg situĂ© prĂšs de la jonction des routes d’Aarau et de Zurich , et de lĂ  Ă  Stein, petite ville du canton de Schaffouse, oĂč nous revĂźmes pour la premiĂšre fois le Rhin depuis notre dĂ©part de BĂąle. Nous rencontrĂąmes Ă  Stein deux wurtembour- geois qui venaient de visiter les sources du Rhin dans le canton des Grisons. Ils nous entretinrent des difficultĂ©s qu’ils avaient Ă©tĂ© obligĂ©s de surmonter, surtout aprĂšs avoir passĂ© le lac de Constance. On voyait encore percer dans leur conversation et dans leur dĂ©- I 502 marche, cette espĂšce de surexcitation que donne une difficultĂ© vaincue et qui dispose Ă  la causerie. Ils Ă©taient jeunes, grands et forts , et comme de vĂ©ritables touristes, avaient le long bĂąton ferrĂ© Ă  la main et le petit havresac en cuir sur les Ă©paules. Voici ce que j’ai retenu de leur conversation Le Rhin est formĂ© par trois ruisseaux qui se rĂ©unissent prĂšs de Rheinau , dans le canton des Grisons. De ces trois ruisseaux, l’un sort du lac de ; Toma, sur la pente orientale du mont Saint- Gothard ; l’autre d’un lac prĂšs du mont dit Lukmanierberg, et le troisiĂšme jaillit d’un glacier nommĂ© Rheinwald-Gletscher, situĂ© Ă  une hauteur de six mille pieds. Deux lieues aprĂšs Rheinau, le Rhin arrive prĂšs , de la ville de Coire, en cĂŽtoyant le mont Ga- landa, dont la hauteur est de plus de huit mille pieds. S Il passe par la vallĂ©e de Feldkirch, oĂč il ren- contre Ciller, qui, descendant du mont Arlberg, ĂŻ vient joindre ses eaux aux siennes. ; Il traverse ensuite une contrĂ©e pleine d’anciens \ 303 souvenirs , oĂč l’on trouve le village de Rangkwis, originairement colonie romaine, les ruines du chĂąteau de Montfort, autrefois rĂ©sidence des cĂ©lĂšbres comtes de Montfort, et Dornburen, le plus grand bourg de la monarchie autrichienne ; puis enfin Ă  BrĂ©genz, il entre dans le lac de Constance, qu’il traverse. Au-dessus de la ville de Stein se prĂ©sentent les ruines du vieux chĂąteau des seigneurs de Holien- klingen , qui tenaient Stein sous leur dĂ©pendance. Il paraĂźt que ces seigneurs avaient fait durement peser le joug sur les habitants-, car, dĂšs que ceux- ci trouvĂšrent le moment favorable, ils s’emparĂšrent du chĂąteau par force ou par adresse, le ruinĂšrent de fond en comble, et recouvrĂšrent ainsi leur indĂ©pendance. C’est ce qui Ă©tait dĂ©jĂ  arrivĂ©, ainsi que vous l’avez vu prĂ©cĂ©demment, aux autres petits tyrans des bords du Rhin, et ce qui arrivera toujours chaque fois que les opprimĂ©s recouvreront le sentiment de leur force et de leurs droits. Nous nous dirigeĂąmes ensuite sur Rheinfelden, autre ville situĂ©e Ă©galement sur le Rhin. Nous nous y arrĂȘtĂąmes quelques instants pour voir le pont jetĂ© sur le fleuve, qui, Ă  cette place, est 304 excessivement Ă©troit. Le pont repose en partie sur un rocher, sur lequel s’élevait autrefois ,1e chĂąteau des comtes de Rheinfelden, dĂ©moli au quinziĂšme siĂšcle. > A une lieue de Rheinfelden, nous arrivĂąmes sur l’emplacement de l’ancienne colonie romaine , Augusta Rauracorum, Ă©tablie sous l’empereur Auguste, dans le pays des Rauraciens, par le pro- consul L. Munatius Plancus. Ce lieu, oĂč se joignent les cantons de RĂąle et s d’Argovie, s’appelle encore aujourd’hui Augst, qui est bien certainement l’abrĂ©viation de son I ancien nom Augusta. On y trouve quelques ruines f romaines, et, entre autres, un ancien aqueduc qui porte dans le pays le nom de Heidenloch trou des paĂŻens. D’Augst Ă  BĂąle nous n’avions qu’une distance ; de deux lieues. Ce ne fut plus qu’une promenade, car la route Ă©tait fort belle. Nous passĂąmes devant un assez grand nombre de charmantes maisons de campagne appartenant aux riches citoyens de BĂąle, et Ă  six heures du soir nous Ă©tions de retour Ă  BĂąle. ! RÉSUMÉ Nous avons passĂ© seulement un jour Ă  BĂąle, et le 8 aoĂ»t nous sommes arrivĂ©s Ă  Strasbourg par le chemin de fer. Demain nous retournons directement Ă  Paris par Nancy, demain il ne nous restera que la mĂ©moire des beaux lieux que nous avons parcourus. Avant de quitter les bords duRhin, j’ai cherchĂ© Ă  mettre un peu d’ordre dans mes souvenirs, Ă  rĂ©sumer en un mot mes impressions depuis mon dĂ©part de Paris. Je me suis demandĂ© ce qui m’avait le plus fortement prĂ©occupĂ© pendant ce voyage. Quelle idĂ©e s’était mise en croupe et avait 20 506 constamment galoppĂ© avec moi, pour emprunter le langage de mon vieil ami Horace. Etaient-ce les bords du Rhin de Bonn Ă  Mayence? Etaient- ce les souvenirs du moyen Ăąge ? Etait-ce la Suisse ? Était-ce le Rigi ? Sans nul doute ils ont puissamment excitĂ© mes Ă©motions ; mais une autre idĂ©e s’est emparĂ©e plus fortement encore de moi, et ne m’a presque jamais quittĂ©. Si je la perdais un instant de vue, elle reparaissait en toute occasion , sous toutes les formes, et ne me laissait point de trĂȘve. DĂ©jĂ  vous l’avez vue cherchant Ă  se faire jour dans mes entretiens avec le bon professeur de Got- tingue. Je vous en dois maintenant l’aveu complet. Eh bien , en traversant les provinces rhĂ©nanes, qui appartiennent aujourd’hui Ă  la Prusse et au grand-duc de Hesse-Darmstadt, en voyant les fortifications d’Huningue rasĂ©es, la France m’a semblĂ© humiliĂ©e, amoindrie , rapetissĂ©e , dĂ©chue, en un mot, du rang qu’elle a occupĂ© dans tous les temps en Europe. Je sais qu’on viendra toujours me citer ses trente-quatre millions d’habitants ; mais il n’y a dans ce monde que des grandeurs relatives , et 307 si la France est entourĂ©e d’empires qui ont une population Ă©gale ou mĂȘme supĂ©rieure Ă  la sienne, elle pĂšse Ă©videmment moins aujourd’hui, dans la balance de l’Europe , que sous Louis XIV, oĂč aucun État ne pouvait lui ĂȘtre comparĂ©. La rĂ©volution de 1830 avait paru pour un moment la replacer Ă  son rang naturel; mais cette rĂ©volution, on l’a bientĂŽt circonvenue, rendue inoffensive, Ă©nervĂ©e, Ă  l’aide de notes diplomatiques et de protocoles , et, en dĂ©finitive, on n’a rien fait pour soulager la France du poids de ses humiliations. Je vous citerai Huningue, entre autres exemples Lorsque, en 1680, Louis XIV bĂątit la forteresse d’Huningue, la Suisse s’y opposa, et fit notifier cette opposition au cabinet de Versailles. Vous figurez-vous les petits Etats de la Suisse voulant empĂȘcher le fier Louis XIV, ou mĂȘme son ministre Louvois, tous deux dans la force de l’ñge , de faire en France ce qu’ils jugeraient convenable pour la dĂ©fense du pays ? Quand cette prĂ©tention arriva Ă  Versailles , elle dut exciter parmi les courtisans un rire vĂ©ritablement homĂ©rique. Aussi elle eut le sort qu’elle devait avoir on n’y fit aucune attention. On la 508 regarda comme le rĂȘve d’esprits malades, oĂŻl passa outre, et Huningue fut fortifiĂ© avec le soin consciencieux que Louis XIV apportait Ă  ces sortes de constructions. VoilĂ  que tout Ă  coup, cent cinquante ans aprĂšs, la mĂȘme question se reprĂ©sente. Les petits Etats sont tenaces, et toujours prĂȘts Ă  se cramponner Ă  leurs prĂ©tentions, parce qu’ils se figurent, Ă  tort ou Ă  raison, qu’on les traite avec trop de sans-façon. La Suisse avait conservĂ© le souvenir de la mystification qu’elle avait Ă©prouvĂ©e dans les salons de Versailles. Cela s’était transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Quand elle vit, en 1815, le lion Ă  terre, elle voulut aussi lui donner son coup de pied, et elle fĂźt revivre dans les conseils de la Sainte-Alliance la ridicule prĂ©tention qu’elle avait Ă©levĂ©e cent cinquante ans auparavant. Un homme ayant quelque peu de raison croirait qu’on aurait rĂ©pondu Ă  l’envoyĂ© suisse porteur d’une aussi incroyable mission Bon- homme, iaissez-nous rĂ©gler les grands intĂ©rĂȘts de l'Europe , et allez garder vos vaches. » Pas du tout. On accueillit sa demande avec faveur. 309 parce qu’elle contenait une grande humiliation pour la France, parce qu’elle tendait Ă  imposer Ă  cette nation, illustre entre toutes les nations du monde , une injurieuse prohibition, unique en Europe Et Huningue fut dĂ©moli ; Et on interdit Ă  la France de relever ses glorieuses ruines ; Et voilĂ  trente ans qu’un pareil traitĂ© subsiste ; Et depuis 1830 on ne l’a pas dĂ©chirĂ© cent fois ! En vĂ©ritĂ©, il faut que nous soyons bien patients. J’en dirai autant des provinces rhĂ©nanes. Quand je les parcourais , j’y trouvais Ă  chaque pas , surtout Ă  Aix-la-Chapelle, les souvenirs de l’Empire. Est-ce Ă  dire qu’il faille tenter de nouveau le hasard des combats et tĂącher de revenir Ă  ces temps, que j’appellerais presque fabuleux, oĂč toute l’Europe continentale courbait la tĂȘte en frĂ©missant sous notre joug? Non, sans doute. C’était de l’ivresse, du dĂ©lire. Le moindre sous- lieutenant de l’empereur NapolĂ©on se croyait pour le moins l’égal des petits souverains d’Allemagne,. et Dieu sait avec quel superbe dĂ©dain 510 tous ces imberbes, si Ă©tourdis , si imprudents, mais si braves, traitaient des ennemis qu’ils auraient dĂ» respecter. Effaçons tous ces souvenirs de notre mĂ©moire, et adoptons des idĂ©es plus modestes et plus justes sur les relations qui doivent exister entre des Etats indĂ©pendants. Mais cet esprit de modĂ©ration et de justice dont je fais profession, ce dĂ©sir sincĂšre de la paix qui m’anime, ne peuvent m’empĂȘcher de voir que la France n’a pas ses limites naturelles. Le grand Ă©difice de la France, disposĂ© par la nature en forme de carrĂ©, repose sur quatre piliers principaux, placĂ©s aux quatre angles, savoir Bayonne , Cherbourg , Mayence et Hu- ningue fortifiĂ©. Si vous ne lui rendez pas Mayence , et si les fortifications de Huningue ne sont pas rĂ©tablies, la France n’aura jamais qu’une position chancelante, et il est bien temps qu’elle reprenne enfin son assiette. Il est certain que les grands alliĂ©s , en 1815, se sont fait la part du lion. Ils voulaient, disaient-ils, effacer les traces de la rĂ©volution française , et remettre les choses dans le mĂȘme Ă©tat oĂč elles Ă©taient avant cette rĂ©volution ; mais alors ' ! 311 il fallait, en mĂȘme temps qu’ils forçaient la France Ă  se restreindre dans les limites qu’elle avait en 1790, imposer la mĂȘme modĂ©ration aux autres grands Etats de l’Europe , Ă  l’égard des petits États. Qu’est-il arrivĂ© , au contraire ? La Russie , l’Autriche, la Prusse et l’Angleterre ont profitĂ© des dĂ©pouilles de leurs voisins, se sont dĂ©mesurĂ©ment agrandies, et la France est toujours restĂ©e la mĂȘme ; et cependant tous ces gouvernements placent encore aujourd’hui la France en Ă©tat de suspicion , et ne cessent de dĂ©clamer contre son incessante ambition. Ils crient au voleur, pour dĂ©tourner, sans doute, les soupçons d’eux-mĂȘmes , et afin qu’on n’aille pas regarder dans leurs poches. Eh bien ! Ă  mon tour, je dirai aux puissances coalisĂ©es Vous persistez Ă  vouloir maintenir la France dans le lit de Procuste ; mais prenez garde ! L’Angleterre, par l’organe de M. Canning, s’est vantĂ©e d’avoir, comme Éole, la facultĂ© de dĂ©chaĂźner les tempĂȘtes. C’était une grave erreur. A la France seule appartient ce pouvoir. Que l’Angleterre menace, qu’elle se lĂšve, 312 qu’elle fasse la guerre il en rĂ©sultera des luttes, des combats acharnĂ©s, mais pas une rĂ©volution. Que la France , Ă  son tour, s’ébranle , et l’Europe sera remuĂ©e encore une fois jusque dans ses fondements. Vous donc, grands Etats de l’Europe, vous savez par expĂ©rience ce que peuvent les colĂšres de la France. Beaucoup d’entre vous ne doivent leur existence qu’à sa pitiĂ©. Presque tous vous avez reçu l’aumĂŽne de sa magnanimitĂ©. Pour- quoi ne consentiriez-vous pas Ă  rĂ©viser des traitĂ©s faits ab irato, et Ă  prendre pour base d’un nouveau traitĂ© la restitution Ă  la France de toute cette pointe bornĂ©e au nord par le Rhin, de Bin- % gen Ă  Mayence? Vous empĂȘcheriez par lĂ  le retour inĂ©vitable de luttes sanglantes ; car il ne faut pas vous abuser sur les intentions de la France elle veut Mayence, elle veut que les fortifications d’Huningue soient relevĂ©es. Aujourd’hui elle dort 5 mais elle se rĂ©veillera , malgrĂ© les soins qu’on apporte Ă  multiplier autour d’elle les narcotiques , et alors elle obtiendra par la force ce qu’il serait plus politique, plus salutaire, pour les gouvernants et les gouvernĂ©s, de lui attribuer par une concession. Ăź 'f I Ü; 313 Au reste, la rĂ©union Ă  la France de Mayence et de la partie du grand-duchĂ© de Hesse-Darmstadt situĂ©e de ce cĂŽtĂ© du Rhin est si juste et tellement commandĂ©e par la force des choses, que Charles X lui-mĂȘme en avait Ă©tĂ© frappĂ©. Des documents Ă©manĂ©s du cabinet particulier de ce roi nous apprennent que, dans le but de la rĂ©union, sous le ministĂšre Martignac, des nĂ©gociations avaient Ă©tĂ© entamĂ©es et suivies activement avec la Russie, dont l’influence Ă©tait encore toute- puissante en Allemagne ; que tout en faisait prĂ©sager le succĂšs , quand une intrigue de cour renversa le ministĂšre Martignac et lui substitua le ministĂšre Polignac, qui ne sut pas marcher dans la voie qu’on lui avait ouverte, et brouilla tout. Je finirai donc ce journal de notre voyage en empruntant aux annales de la chambre des dĂ©putĂ©s ce mot fameux Il y a quelque chose Ă  faire ; Et c’est de rendre Ă  la France ses limites naturelles. FIN. TABLE. Avant-Propos. PREMIÈRE PARTIE. VOYAGE DE PARIS A COLOGNE. Chap. i. — DĂ©part de Paris pour Bruxelles. — ArrivĂ©e Ă  Bruxelles. Chap. h. — Bruxelles, ses Monuments, ses Promenades. — Entretien sur les affaires publiques. Chap. iii. — Route de Bruxelles Ă  LiĂšge. — IdĂ©e gĂ©nĂ©rale de LiĂšge. — Ses monuments. — Ses environs. Chap. iv. — Route de LiĂšge Ă  Aix-la Chapelle.—Verviers. — Rencontre d’un Prussien. — Entretien avec lui. — Sympathie des peuples d’Allemagne pour la France. — Zollverein. — Projet d’alliance. 518 Chap. v. — Aix-la Chapelle. 46 Chap. vi. — Aix-la-Chapelle suite. 55 Chap. vu. — Aix-la-Chapelle suite. 60 Chap. viii. — Aix-la-Chapelle fin. 69 Chap. ix. — Cologne. 75 Chap. x. — Cologne suite et fin. 80 DEUXIÈME PARTIE. VOYAGE SUR LE RHIN, DE BONN A STRASBOURG. Chap. i. — Bonn. — Embarquement sur le Rhin. — Le Paquebot et ses Passagers. 93 Chap. ii. — KƓnigswinter. — Les Sept Monts. — Chronique sur Roland. — ChĂąteaux de Rheineck et de llam- merstein. 103 Chap. ni. — Ruines du chĂąteau du Diable. — Origine de ce nom.— Andernach.— Neinvied. — Engers. — Ehren- breitstein. — Coblentz. 114 Chap. iv. — Stolzenfels. — Lahnstein. — Boppart. — Welmich. — ChĂąteau de Rheinfels. — Saint-Goar. — DĂźner Ă  bord du paquebot. 126 Chap. v. — Le Lurley. — Schomberg. — ChĂąteau des Comtes palatins. — Goutenfels.— Ôacharach.— Ruines de Slahleck. — Lorch. — Sonelk. — ChĂąteau de Vogls- berg. 136 Chap. vi. — VallĂ©e du Rhingau.—ChĂąteau de Rudesheim. — BrƓmser. — La Tour des Rats. — Bingen. — Le Bin- gerloch. — Le Johannisberg. 146 319 Chap. vu. — Winke!.—Ingelheim.— ChĂąteau i!e Bibrick. — ArrivĂ©e Ă  Mayence. 158 Chap. vm. — Mayence.— Son Origine.—Tribunal secret. — Motif de sou institution. — Ses Statuts. — Son influence.— ArrivĂ©e Ă  Manheim. 163 Chap. ix. — Manheim. — Lever du Soleil. — Altrip. — Spire. — Philippsbourg. 180 Chap. x. — Germersheim. — ChĂąteau de Trifels. — Richard-CƓur-de-Lion. — La Lauter. — Fort Louis. — ArrivĂ©e Ă  Strasbourg. 188 TROISIÈME PARTIE. VOYAGE DE STRASBOURG A BALE ET A BERNE. Chap. i. — Strasbourg. — DĂ©part pour BĂąle. 197 Chap. ii. — ArrivĂ©e Ă  BĂąle. — Visite Ă  Huningue. — Son Ă©tat actuel. — Saint-Louis. — MƓurs et habitudes des BĂąlois. 203 Chap. iii. — BĂąle suite. 214 Chap. iv. — Route de BĂąle Ă  Berne. — DĂ©lĂ©mont. — Ta- vannes. — Pierre Pertuis. — Bienne. — Ile Saint- Pierre. — Aarberg. 220 Chap. v. — Berne. — Sa situation. — Ses Fontaines. — Histoire du duc de ZƓrfhgen. 228 Chap. vi. — Suite de Berne. — Tour de l’Horloge, CathĂ©drale, Plate-forme. — DĂźner Ă  table d’hĂŽte. — Tir fĂ©dĂ©ral de BĂąle. 255 320 QUATRIÈME PARTIE. VOYAGE DE BERNE A LUCERNE. Chap. i. — Thun. — Unterseen. — Interlacken. — Remarques sur la race Anglo Saxonne. 247 Chap. ii. — Lac de Brientz. — Cascade du Giessbach. — Le Tanzplalz.— Meyringen. — Le Reichenbach.— Passage du Brunig. — Lungern. — VallĂ©e de Sarnen. — Alpnach. — Lac des Quatre Cantons. — ArrivĂ©e Ă  Lucerne. 255 CINQUIÈME PARTIE. LUCERNE. — LE R1GI. — RETOUR A BALE. Chap. i. — Lucerne. — Ponts. — Églises. — CloĂźtre. — Arsenal. — Lion de Thorwaldsen. 277 Chap. ii. — Voyage au Rigi. 286 Chap. iii. — DĂ©part de Lucerne. — Lac de Sempach. — StirsĂ©e. — Aarau. — Stein. — Rbeinfelden. — Augst. — Retour Ă  BĂąle. 297 305 RĂ©sumĂ©.
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Les mots de Cambronne de la postĂ©ritĂ© au doute Pierre Cambronne 1770-1842, est nĂ© et mort Ă  Nantes, EngagĂ© en 1791, bien que non destinĂ© Ă  la carriĂšre militaire, il combat sous les ordres de Dumouriez, participe Ă  la pacification de la VendĂ©e, puis est ensuite partie prenante dans la plupart des campagnes militaires napolĂ©oniennes, Sa bravoure lui vaut de monter rapidement dans la hiĂ©rarchie. Colonel lors de la bataille de IĂ©na, il prend en 1810 le commandement d'un rĂ©giment de la Garde impĂ©riale et est nomme baron d'Empire la mĂȘme annĂ©e. Il est nommĂ© gĂ©nĂ©ral de brigade pendant la campagne de Russie. Survient Waterloo, aprĂšs les Cent jours. On connaĂźt le dĂ©roulement de cette bataille perdue Grouchy est attendu en renfort, mais c'est le Prussien BlĂŒcher qui arrive et dĂ©cide du sort des armes. La garde impĂ©riale est encerclĂ©e et soumise au feu des canons anglais et prussiens. Cambronne, qui commande l'un des bataillons, est gravement blessĂ©. Le gĂ©nĂ©ral anglais Colville le somme de se rendre. La cĂ©lĂšbre rĂ©plique du gĂ©nĂ©ral français fuse alors "La garde meurt, mais ne se rend pas !" Colville rĂ©itĂšre son injonction et c'est Ă  cet instant que Cambronne aurait lancĂ© son fameux "Merde !" Quand la nouvelle de la dĂ©faite parvient Ă  Paris, la presse et les dĂ©putĂ©s s'emparent de cet Ă©pisode. Cambronne est d'abord dĂ©clarĂ© mort, avant qu'on s'aperçoive qu'il a Ă©tĂ© fait prisonnier par les anglais. Ce qui n'est cependant qu'un exutoire glorieux va rapidement devenir lĂ©gendaire. C'est Victor Hugo, en 1862 dans Les MisĂ©rables, qui assoit dĂ©finitivement la lĂ©gende en tout cas pour le "mot de Cambronne" "Le lecteur français voulant ĂȘtre respectĂ©, le plus beau mot peut-ĂȘtre qu’un français ait jamais dit ne peut lui ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©. DĂ©fense de dĂ©poser du sublime dans l’histoire. À nos risques et pĂ©rils, nous enfreignons cette dĂ©fense. Donc, parmi tous ces gĂ©ants, il y eut un titan, Cambronne. Dire ce mot, et mourir ensuite, quoi de plus grand ? car c’est mourir que de le vouloir, et ce n’est pas la faute de cet homme, si, mitraillĂ©, il a survĂ©cu. L’homme qui a gagnĂ© la bataille de Waterloo, ce n’est pas NapolĂ©on en dĂ©route, ce n’est pas Wellington pliant Ă  quatre heures, dĂ©sespĂ©rĂ© Ă  cinq, ce n’est pas BlĂŒcher qui ne s’est point battu ; l’homme qui a gagnĂ© la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre." LĂ©gende ? Il semblerait bien, et dans tous les sens du terme. Car Pierre Cambronne a toujours dĂ©clarĂ© qu'il n'avait jamais prononcĂ© ni "La garde meurt et ne se rend pas" Puisque "je me suis rendu et je ne suis pas mort", ni le fameux "Merde !" Je ne m'en souviens pas.... Les descendants d'un gĂ©nĂ©ral de Waterloo, le gĂ©nĂ©ral Michel, revendiquĂšrent la paternitĂ© de la phrase litigieuse "La Garde...", Ă  la mort de Cambronne en 1842. Sans succĂšs, car un vĂ©tĂ©ran de la bataille aurait attestĂ© de la formule de Cambronne, suivie selon lui d'un geste de colĂšre et de paroles brouillĂ©es par le bruit de la canonnade. Bref, peut-ĂȘtre un "merde", mais pas sĂ»r ! AprĂšs tout, cette incertitude est-elle si "emmerdante", depuis que l'on sait, c'est Ă  dire depuis longtemps, que les vĂ©ritĂ©s historiques ne sont souvent assĂ©nĂ©es que par des tĂ©moins qui ont intĂ©rĂȘt Ă  dĂ©fendre un point de vue, le leur ! Daniel Confland Tags Cambronne - mot de Cambronne - merde - Waterloo - NapolĂ©on - Garde impĂ©riale - citations. Parmi les sources °°° 10 citations avec le gros mot de Cambronne A mĂ©diter, sur le sort de Cambronne Ă  Waterloo "Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il n'y a plus qu'Ă  chanter."Samuel Beckett - Une certaine limite dĂ©passĂ©e, il n'y a plus rien Ă  dire, ni Ă  faire, qui en vaille la peine. Quand une jolie bouche de femme a dit merde », tout ce qu'elle peut dire aprĂšs semble fade. L'art, c'est de le dire le plus tard possible, le grand art, peut-ĂȘtre. Jules Renard - Qui se ramasse dit Merde ! Proverbe français - Merde pour l'ordre moral ! Flaubert - AprĂšs tout, merde! VoilĂ , avec ce grand mot on se console de toutes les misĂšres humaines; aussi je me plais Ă  le rĂ©pĂ©ter merde, merde ! Flaubert - Zut ! pauvre injure libĂ©ratrice des culs-bĂ©nits et autres indĂ©crottables bourgeois qui n'ont jamais osĂ© lancer le fameux MERDE libĂ©rateur !” Pierre Perret - Merde ce mot est une friandise. Seuls les crĂ©tins de haut vol ne l'utilisent jamais. Un mot qui se crie, qui se hurle, qui se susurre, se murmure, se savoure. C'est le mot qui console, dont on a besoin. Pierre Perret - Quand un aristocrate dit Merde ! ce ne peut ĂȘtre qu'un aristocrate ruinĂ©. Anonyme - L'huissier appela − Le comte Pierre Maubec de la Dentdulynx. Il se fit un grand silence et l'on vit s'avancer vers la barre un gentilhomme magnifique et dĂ©penaillĂ©, dont les moustaches menaçaient le ciel et dont les prunelles fauves jetaient des Ă©clairs. Il s'approche de Colomban et, lui jetant un regard d'ineffable mĂ©pris − Ma dĂ©position, dit-il, la voici merde ! Anatole France, L'Ile des pingoins - HĂ©, les gars! Ramenez-vous en vitesse ! Les quatre soldats se levĂšrent et se mirent Ă  courir. − Il y a GĂ©rin qui est mort ! leur cria-t-il. − Merde ! Ils entouraient le mort et le regardaient avec mĂ©fiance. Sartre, La mort dans l'Ăąme - Comment ça merde alors ? But alors, you are French ? RĂ©plique du film "La grande vadrouille, de GĂ©rard Oury Parmi les sources °°° Pour recevoir des alertes par mĂ©l sur les nouveaux articles parus, abonnez-vous, en utilisant le bouton en haut de l'Ă©cran, pour les smartphones, et la fenĂȘtre "newsletter" pour la version PC. °°° Sivous aimez les mots croisĂ©s, Il Aurait PrononcĂ© Son Fameux Mot À Waterloo Quelque Chose D'ancien Que L'on Collectionne HostilitĂ© Envers Quelqu'un Marque De Conserves De Thon Genre De Lolita Aguicheuse Suppression Administrative Qui A Plusieurs TonalitĂ©s Mettre Des RĂ©coltes À L'abri Fait De Prendre Une Chose Pour Une
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LaMaison Nucingen Publication: 1838 Source : Livres & Ebooks HonorĂ© de Balzac A MADAME ZULMA CARAUD. N’est-ce pas Ă  vous, madame, dont la haute et probe intelligence est comme un trĂ©sor pour vos amis, Ă  vous qui ĂȘtes Ă  la fois pour moi tout un public et la plus indulgente des soeurs, que je dois dĂ©dier cette oeuvre ? daignez
Sil n'a pas prononcĂ© le fameux mot de Cambronne Ă  l'adresse de son nouveau (et dĂ©sormais ex) patron, le journaliste a souhaitĂ© exprimer Ă  RĂ©ceptionde Maurice RHEIMS. M. Maurice Rheims, ayant Ă©tĂ© Ă©lu par l’AcadĂ©mie française Ă  la place laissĂ©e vacante par la mort de M. Robert Aron, y est venu prendre sĂ©ance le jeudi 17 fĂ©vrier 1977 et a prononcĂ© le discours suivant : Messieurs, On me croit volontiers attachĂ© aux objets : je le fus longtemps.
\n il aurait prononcé son fameux mot à waterloo
ï»żCommentles Français ont gagnĂ© Waterloo. Serait-ce Ă  un « NapolĂ©on bashing » que se livre le trĂšs britannique Stephen Clarke dans cet ouvrage ? Journaliste et fin connaisseur des us et coutumes de notre pays, en rĂ©alitĂ© il vise moins l’Empereur que ses thurifĂ©raires passĂ©s et actuels. Waterloo, la bataille du 18 juin 1815 qui vit la dĂ©faite de NapolĂ©on face
Ilaurait prononcĂ© son fameux mot Ă  Waterloo; Quelque chose d’ancien que l’on collectionne; HostilitĂ© envers quelqu’un; Marque de conserves de thon; Moyen, secours; Genre de Lolita, aguicheuse; Suppression administrative; Qui a plusieurs tonalitĂ©s; Mettre des rĂ©coltes Ă  l’abri; Fait de prendre une chose pour une autre

Cest en langue corse que NapolĂ©on prononce ses premiers mots, qu’il communique avec les membres de sa famille pendant toute son enfance. On ne sait pas Ă  quel Ăąge exactement NapolĂ©on a commencĂ© Ă  apprendre la langue de MoliĂšre. Mais quand il quitte la Corse et entre Ă  l’école militaire de Brienne, vers l’ñge de 10 ans, on sait que

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